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Le livre enchaîné

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L’achat d’Archambault par Renaud-Bray, sous condition d’approbation par le bureau de la concurrence, est un événement majeur, significatif et bouleversant pour le monde du livre au Québec.

L’achat d’Archambault par Renaud-Bray, sous condition d’approbation par le bureau de la concurrence, est un événement majeur, significatif et bouleversant pour le monde du livre au Québec.

Le même processus qui s’applique partout dans le monde des affaires est à l’œuvre ici: les gros joueurs deviennent plus gros, et les plus petits peinent à trouver leur pain quotidien.

Car le livre après tout est un produit comme les autres, qui s’achète et se consomme, et plus le vendeur est gros, plus il bénéficie d’économies d’échelle, ce qui lui permet d’offrir de meilleurs prix à une clientèle dont le pouvoir d’achat a tendance à stagner. C’est une bonne affaire pour le vendeur, c’est une bonne affaire pour le client. Bravo.

Les Harry Potter, les Da Vinci Code, les Cinquante nuances de Grey  sont des phénomènes d’édition qui attirent dans les librairies des lecteurs occasionnels, intrigués et curieux, ce qui dope les chiffres de vente.

Les best-sellers

Les détracteurs de ce modèle d’affaires parlent depuis des années de la bibliodiversité. Comme Monsanto, qui vend partout dans le monde la même semence génétiquement modifiée, ce sont les best-sellers mondiaux qui font rouler le commerce du livre. Les Harry Potter, les Da Vinci Code, les Cinquante nuances de Grey sont des phénomènes d’édition qui attirent dans les librairies des lecteurs occasionnels, intrigués et curieux, ce qui dope les chiffres de vente.

Or, si les grands groupes de librairies offrent des piles et des piles de best-sellers, ils ont moins tendance à conserver longtemps sur leurs tablettes ces livres plus confidentiels, destinés à un moins vaste public, ce que font traditionnellement les plus petites librairies. Si un livre ne vend pas beaucoup et rapidement, on s’en débarrasse.

Vous voulez acheter Cinquante nuances de Grey? Il y a un Renaud-Bray près de chez vous. Mais si vous cherchez, mettons, Comment enseigner la mort à un robot, de mon ami Bertrand Laverdure, il y a de fortes chances que vous ne le trouviez que chez un libraire indépendant, passionné de poésie et d’œuvres inclassables.

Mais le libraire indépendant, s’il ne peut AUSSI vous vendre Cinquante nuances de Grey, n’aura bientôt plus les moyens de tenir boutique, et c’est tout un pan de la littérature qui disparaîtra des tablettes, disponibles seulement sur commande, et encore, car les éditeurs auront-ils demain encore les moyens de publier ces livres que les chaînes de librairie ne voudront pas d’emblée?

La chaîne du livre

Car les livres ne sont pas tout à fait un produit comme les autres. Les livres littéraires n’obéissent pas aux lois du marché, et ne répondent pas à une demande. Les livres, les romans, la poésie sont des propositions que des auteurs nous font, appuyés par des éditeurs, relayés par des libraires, sans aucune demande du public, qui ne peut que désirer ce qu’il connaît déjà. Personne ne voulait d’Harry Potter avant que Harry Potter existe. D’ailleurs, des tonnes d’éditeurs l’ont refusé avant que l’un d’eux prenne le risque de le publier. Le risque ici a été payant. Mais c’était un risque, que les éditeurs et les libraires prennent traditionnellement ensemble, avec les diffuseurs et les distributeurs. Cette chaîne du livre a été jusqu’ici la raison de son succès.

Avec la création de très grands groupes, cette chaîne de solidarité pourrait, je le crains, se transformer en prise d’otage.

 

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