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Tu étais trop jeune, Albert

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Albert était un passionné de sport et de journalisme. Plusieurs l’ont souligné ces derniers jours. Il n’était pas une encyclopédie de statistiques. Son intérêt allait plutôt vers les femmes et les hommes qui se consacrent au sport, aux humains cachés sous les muscles saillants. Il était un chroniqueur-confesseur.

Il les écoutait, les faisait en dire plus et nous racontait par la suite l’histoire de ces athlètes qu’il aimait et admirait, avec leurs qualités et leurs travers, qu’il gardait souvent pour lui. Il fallait les lui arracher.

Sport et politique

Albert Ladouceur s’intéressait beaucoup à la politique, mais presque toujours celle portant sur son «beat», le sport.

Le statut du Québec l’a longtemps inquiété, par rapport à la présence ou non d’une équipe de la LNH à Québec. Son amitié avec un fédéraliste comme Marcel Aubut n’était sans doute pas étrangère à cette préoccupation.

L’ouverture de Jacques Parizeau l’a par contre fait espérer. À l’inverse, la fermeture du maire Jean-Paul L’Allier le fâchait.

Albert croyait à fond de train, avec une profonde sincérité, aux retombées économiques importantes d’une franchise de la LNH dans une ville comme Québec, à l’animation sociale que l’équipe créait en ville et à la visibilité qu’elle lui procurait à travers les États-Unis et le Canada. Il balayait du revers de la main l’argument du transfert du dollar-loisir vers d’autres activités.

Le départ des Nordiques a été une blessure jamais cicatrisée. Il est passé par tous les états d’âme à l’endroit de Marcel Aubut, sans pourtant rompre ses liens d’amitié.

C’étaient nos principaux sujets de conversation lorsqu’il s’arrêtait à mon bureau, le matin, pour jaser un peu.

Un personnage

Albert était tout un personnage. Gentilhomme comme on n’en trouve pas dans les salles de rédaction. Une carte de mode aussi, qui sortait de la valise de sa Mercedes sa mallette, montée sur roulettes, à poignée rétractable, avant de faire son entrée solennelle dans la salle de rédaction.

Quelques jours d’été, il se pointait au Journal sur sa moto, qu’il installait sur le trottoir, dans l’entrée. À tous les égards, Albert ne passait jamais inaperçu.

Il m’a déjà consulté avant de se plaindre à la direction de la négligence vestimentaire et de la pilosité de photographes assignés à l’accompagner.

Albert aimait le beau... et les belles. Pendant qu’il défilait ainsi, à son entrée dans la salle, ses yeux s’attardaient souvent sur de jeunes collègues, espérant secrètement un regard réciproque.

Tous les invités de marque de passage au Journal pour une entrevue devaient obligatoirement passer devant son poste de travail. Si ceux-ci ne s’arrêtaient pas spontanément, je leur présentais alors Albert. Il se levait, dignement, comme un paon, pour leur serrer la main et leur souhaiter la bienvenue. Après l’entrevue, il s’enquérait souvent de son déroulement et de l’impression laissée par le visiteur.

Au cours des derniers mois, Albert nous a donné à tous d’extraordinaires leçons sur l’acceptation de la fatalité dans la résilience quotidienne et de générosité dans le partage de ce qu’il vivait et qui pourrait éventuellement nous servir. Il a gardé un enviable contrôle sur la fin de sa vie.

Un jour, peu après le départ à la retraite de collègues de la première heure au Journal de Québec, Albert s’est arrêté devant la porte de mon bureau et, avec la plus grande délicatesse, il m’a demandé mon âge. Il était préoccupé de savoir lequel de nous était devenu le doyen. Nous avons badiné. Je me souviens lui avoir dit qu’il était beaucoup trop jeune.

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