/misc
Navigation

Des milliers de parents québécois privés de leur congé parental par le fédéral entre 1997 et 2006

Des milliers de parents québécois privés de leur congé parental par le fédéral entre 1997 et 2006
photo fotolia

Coup d'oeil sur cet article

 

Un rapport du Center for american progress, un institut indépendant de recherche, affirmait récemment que le régime de congés parentaux du Québec est l’un des plus intéressants au monde. Bonne nouvelle. Cependant, je calcule que l’opposition manifestée par le fédéral vis-à-vis de ce programme a privé les parents d'au moins 600 000 nouveaux-nés de ce congé entre les années 1997 et 2006, année de l’implantation du régime.

Les conclusions du Center for american progress tiennent au fait que le régime québécois réserve cinq (5) semaines de congé à l’usage exclusif des pères. Cette disposition a eu pour effet de faire grimper en quelques cinq brèves années de 32% à 80% le pourcentage des pères qui prennent congé lors de la naissance de leur enfant. Ils sont seulement 15% à le faire au Canada. Cela n’est pas banal. La présence soutenue du père lors de cette période de la vie des poupons augmente les chances que le nouveau-né développe un attachement sécuritaire à son papa. Elle vient aussi épauler la mère durant cette période exigeante de la vie familiale et accroît la probabilité que les pères contribuent davantage aux tâches de la maisonnée ultérieurement. Tout cela est parfaitement démontré.

Ce régime d’assurance-parentale est unique en Amérique du Nord. Il permet aux mères de consacrer leurs énergies à la venue du bébé et à son accueil durant une période pouvant aller jusqu’à 50 semaines , sauf si les parents décident de se partager un bloc de 32 semaines. De plus, selon la formule adoptée par les parents, leur revenu assuré peut atteindre de 70 % à 75% du revenu gagné au travail. Le régime est financé quasi totalement par les cotisations des travailleurs et des employeurs à la caisse d’assurance-emploi. Sa popularité est telle que le régime a été épargné, jusqu’à maintenant, de passer à la tronçonneuse de l’austérité même, si comme employeur, le gouvernement doit débourser 200 millions de dollars annuellement.

Cependant, je calcule que les parents d'au moins 600 000 nouveau-nés ont été injustement privés de ces congés entre 1997 et 2006, année de l’implantation du régime par le gouvernement de Jean Charest. C’est à partir de l’énoncé de sa politique familiale en 1997  que le gouvernement du Québec a commencé à négocier avec Ottawa. Québec prévoyait en effet financer le régime à même la caisse d’assurance-emploi. Il avait donc besoin de l'approbation du fédéral fiduciaire de cette caisse. Après sept rondes de négociations infructueuses, le gouvernement du Québec adoptait, en 2001,  la loi qui créait l’assurance parentale en vue de forcer la main à Ottawa. Le fédéral a cependant toujours refusé de s’entendre avec Québec jusqu'à ce qu’il accepte enfin, en 2005 et sous condition d’une contribution du Québec pouvant aller jusqu’à 347 millions, de libérer une partie des revenus de la caisse dans laquelle, tout fiduciaire qu’il est,  il ne met pas un sous.  On se rappellera des saintes colères de Claude Béchard durant ces négociations avec sa collègue Lucienne Robillard. Durant ces 9 ans de boycott fédéral, ce sont des centaines de milliers de familles de nouveau-nés qui ont été privées d'un régime dont on reconnaît tant les mérites aujourd'hui. Cela m’est toujours resté dans la gorge et je me dis que ces parents auraient été beaucoup mieux servis par un régime d'assurance-emploi détenu et géré par le Québec, comme dans un pays normal.