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Le FMI est formel : The benefits do not trickle down ! L’argent des riches ne percole pas chez les pauvres.

Le FMI est formel :  The benefits do not trickle down ! L’argent des riches ne percole pas chez les pauvres.

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Il n’est pas vrai d’affirmer, comme certains le croient aveuglément et le prétendent régulièrement, que les moins nantis améliorent leur sort automatiquement lorsque les plus riches s’enrichissent. Ce serait plutôt le contraire: lorsque l'écart entre riches et pauvres d'un même pays se creuse, la croissance économique flanche. Alors pourquoi tenter d'affaiblir le modèle de développement du Québec, un modèle efficace pour contrer les inégalités?

Le Fonds monétaire international (FMI), qui a la réputation d’être de droite ou conservateur (au mieux), vient tout juste d’autoriser la publication d’un rapport, un autre, qui ébranle les colonnes du temple de la droite économique (https://www.imf.org/external/pubs/ft/sdn/2015/sdn1513.pdf ). L’étude fait la démonstration que le fameux effet de ruissellement ou de percolation des plus riches vers les plus pauvres n’existe pas. Autrement dit, il n’est pas vrai d’affirmer, comme certains le croient aveuglément et le prétendent régulièrement, que ceux du bas améliorent leur sort automatiquement lorsque les plus riches du même pays s’enrichissent. Et, si ce n’était pas assez, l’étude montre que les inégalités de revenu entre les mieux et les moins nantis ralentissent la croissance économique :

Specifically, if the income share of the top 20 percent (the rich) increases, then GDP growth actually declines over the medium term, suggesting that the benefits do not trickle down. In contrast, an increase in the income share of the bottom 20 percent (the poor) is associated with higher GDP growth. (p.4)

En clair et en français : un accroissement de la part des 20% les plus riches est accompagné à terme par un ralentissement de la croissance économique alors qu’un accroissement de la part des 20% les moins nantis est associé à une meilleure croissance économique.

Pourquoi cela ? D’abord parce que les inégalités minent les efforts d’éducation des plus pauvres et leurs aspirations professionnelles. À quoi cela sert-il d’aller à l’école, d’avoir des diplômes si ce sont toujours les mêmes du haut et leurs enfants qui passent à la caisse? Sans compter que les coûts d’accès à l’éducation augmentent et deviennent un fardeau plus grand pour les pauvres que pour les riches. L’accroissement des inégalités entre riches et pauvres empoisonnent également les relations entre ces groupes de citoyens, alimentent la méfiance et les préjugés des uns envers les autres. Cela affaiblit ce qu’on appelle le capital social, ou autrement dit, diminue la capacité de ces groupes de citoyens de partager les même valeurs, les mêmes objectifs et les mêmes projets. Ce manque de cohésion sociale n’apporte rien de bon pour la croissance économique. Les inégalités favorisent aussi les crises sociales ou financières (rappelez-vous 2008) ; or, on sait comment les investisseurs sont allergiques aux crises et à l’instabilité. Les investissements se font plus rares, le PIB en prend pour son rhume. De plus, les écarts entre riches et pauvres sapent le sentiment d’appartenance de ces derniers à la communauté, les marginalisent et alimentent les problèmes sociaux qui coûtent une fortune à redresser.

Selon le FMI, la recette pour réduire les inégalités  et favoriser la croissance économique tient aux éléments suivants. Premièrement, l’éducation : les diplômés sont mieux payés et contribuent aux innovations sociales et économiques. Plus il y en a, mieux c’est. Deuxièmement, la syndicalisation : les syndiqués ont de meilleurs salaires ce qui contribue à enrichir la classe moyenne en termes de membership et de revenus. Troisièmement, l’accès aux soins de santé. La santé favorise la productivité : ce n’est pas une surprise.

Bonne nouvelle : depuis de très très nombreuses années, les inégalités entre riches et pauvres sont moins importantes et se développent moins rapidement au Québec que dans le reste du Canada (voir graphique en début du billet). Le modèle québécois fondé sur la présence d’un État soucieux de redistribuer correctement la richesse, de développer son système d’éducation contre vents et marées, d’un État partenaire, souvent tendu, mais ouvert aux syndicats, et d'un État promoteur de l’accès universel aux soins de santé est en grande partie responsable de ce résultat. 

Alors, pourquoi donc vouloir jeter le modèle québécois aux orties? Pourquoi passer d’une approche où tous les citoyens assument ensemble la facture de ce qu’il en coûte pour nous éduquer et pour nous soigner à une approche utilisateurs-payeurs où les plus fortunés s’en sortent alors que les autres en pâtissent? Pourquoi compliquer l’accès des moins nantis à des services de garde éducatifs alors que ce sont précisément ces services qui améliorent leur chance de réussir à l’école et d’enrichir la collectivité ? Pourquoi couper les budgets de l’éducation à la tronçonneuse ? Pourquoi tenter de miner coûte que coûte la présence syndicale, un élément important de la réduction des écarts entre riches et pauvres et un facteur de notre enrichissement collectif ? Pourquoi vouloir à tout prix rapetisser l’État québécois alors qu’il a fait la preuve de son utilité et de son efficacité dans la lutte à la pauvreté et aux inégalités ?

Le FMI, dans ce rapport,  montre très clairement que les chantres de la liberté économique qui veulent à tout prix dérèglementer le monde du travail, réduire les impôts des plus riches, diminuer les taxes des grandes corporations, affaiblir les syndicats, ratatiner l'État ont tout faux, particulièrement lorsqu’ils affirment que cela conduit à une plus grande richesse pour tous. Cela conduit plutôt à une dislocation sociale et à une plus grande richesse pour les happy few.