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L’élan global du Pape

Le pape François
Photo AFP

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Le Pape publiait hier son encyclique Laudate si’ (Loué sois-tu !). Il s’y manifeste clairement contre les énergies fossiles et en faveur d’une transition écologique et culturelle. Cette transition repose sur le développement des énergies alternatives au pétrole et sur l’adoption d’un mode de vie plus sobre. Le Pape se campe résolument du côté des humanistes et des écologistes. Et du côté de l’Élan global. 

Le 7 avril dernier un groupe de citoyens et de citoyennes du Québec lançait le Manifeste pour un élan global (https://elanglobal.org/) . Mon nom apparaît fièrement parmi les auteurs de ce texte qui depuis lors a reçu l’appui de plus de 26000 personnes.

En bref, ces milliers de personnes demandent

  1. la fin des projets d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures en sol québécois
  2. l’interdiction de tout passage de pétrole à des fins d’exportation sur notre territoire
  3. l’adoption par le gouvernement du Québec d’un plan crédible pour réduire notre consommation de pétrole de 50% d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone pour 2050
  4. que la Caisse de dépôt et placement du Québec désinvestisse le secteur des combustibles fossiles.

Au lendemain de sa publication, et malgré des problèmes informatiques qui empêchaient que l’on accède facilement à la page de signatures, plus de 3000 personnes avaient déjà adhéré au manifeste. Mais, d’autres s’y attaquaient avec une féroce virulence. Françoise Bertrand, présidente des Chambres de commerce du Québec traitait les auteurs de poètes et les invitait à déménager au pays des Amish en Pennsylvanie. Des membres de l’Institut économique de Montréal s’en prenaient aussi aux auteurs de la même façon. Alain Dubuc disait du texte qu’il était une diarrhée verbale. 

Hier, le Pape publiait une nouvelle encyclique : Laudate si’ (Loué sois-tu). Cet encyclique arrive aux mêmes conclusions que l’Élan global : la planète surchauffe et est intoxiquée par l’utilisation effrénée des énergies fossiles. Elle est victime de l’avidité des humains occupés à accumuler les profits et de leur indifférence devant les catastrophes et les détresses environnementales qui en découlent et qui affligent des millions d’humains. Le Pape va très loin dans son analyse. Il condamne la toute-puissance de l’argent, la lenteur sinon la passivité des dirigeants politiques, la culture de la surconsommation et du gaspillage. Il constate que la planète est sous l’emprise d’un capitalisme sauvage à la poursuite incessante de l’accumulation de la richesse sans égard pour la planète et pour ceux, moins fortunés, qui l’habitent :

« Aussi longtemps que les problèmes vécus par les pauvres ne sera pas radicalement résolu en rejetant l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière et en s’attaquant aux causes structurelles de l’inégalité, nous ne trouverons pas de solution à nos problèmes » affirme le Pape.

Dans son encyclique, le Pape affirme que la solution au réchauffement climatique passe par l’amorce immédiate d’une période de transition écologique dans laquelle nous devons développer et utiliser de toute urgence des nouvelles formes d’énergie renouvelable. Adoptant une approche intégrale, il indique aussi très clairement que nous nous en sortirons qu’en optant pour une « sobriété heureuse », en d’autres mots si nous acceptons de vivre plus simplement, plus modestement. Il constate que la puissance planétaire du monde financier n’est pas contrebalancée par une autorité politique planétaire capable de freiner les excès de la main invisible du marché.  Ses interventions sur Tweeter (https://twitter.com/Pontifex) durant cette journée de la publication de son encyclique avaient des airs de manifeste et d'appels à la révolution humaniste et écologique.

Jamais, au grand jamais, je n’aurais pensé un jour saluer une lettre papale rebuté que je suis devant toute forme de rhétorique religieuse. Mais voilà, l’encyclique du Pape témoigne non pas d’une entreprise de persuasion religieuse mais très clairement d’un appel à la survie de l'humanité.

Contre l’avidité, la vie. Vive les poètes !