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Quand Jon Stewart ne la trouve pas drôle...

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Si vous êtes comme moi un inconditionnel de l’émission The Daily Show with Jon Stewart présenté les soirs de semaine sur la chaîne américaine câblée Comedy Central, vous en avez été témoin jeudi dernier: l’habituel archi drôle animateur n’avait pas du tout le goût de rire vingt-quatre heures après qu’un jeune suprématiste blanc eut ouvert le feu dans une église de Charleston, tuant neuf Africains Américains.


Plutôt que de commencer son émission avec ses délirantes manchettes du jour comme il le fait toujours, Stewart s’est présenté à l’écran le visage fermé, l’air sombre et s’est excusé auprès de ses fidèles.


«J’ai un travail qui est assez simple. J’arrive ici le matin, on regarde les nouvelles, on écrit des blagues à leur sujet, je fais quelques bouffonneries, je me fais payer et puis je m’en retourne à la maison!» a-t-il lancé, provoquant le rire et les applaudissements du public en studio.


«Mais aujourd’hui, je n’ai pas fait mon job! Je m’en excuse, je n’ai rien pour vous, pas de blague, pas de bouffonneries, à cause de ce qui est arrivé en Caroline du Sud... je n’ai rien d’autre que de la tristesse.»


Jon Stewart nous a ensuite servi un puissant monologue sur la déconcertante facilité des Américains à fermer les yeux sur ces crimes racistes, leur réticence à qualifier ces fusillades domestiques d’attaques terroristes.


«Si on avait pensé que cela était l’œuvre de terroristes islamiques?» a demandé avec pertinence l’humoriste.


«Nous avons déjà envahi deux pays, dépensé des milliards de dollars et sacrifié des milliers de vies américaines, et maintenant on envoie des drones meurtriers survoler cinq ou six pays différents... Et là, neuf personnes abattues dans une église... Que penser de ça? Euh... Qu’est-ce qu’on peut faire? Bof... la folie, c’est la folie, n’est-ce pas?»


On le répète chaque fois qu’une fusillade éclate aux États-Unis, 300 millions d’armes à feu sont actuellement en circulation chez l’Oncle Sam (pour 320 millions d’habitants...). Selon des données de l’ONU, les États-Unis affichent le plus haut taux par personne de meurtres reliés aux armes de tous les pays développés de la planète. Un taux vingt fois plus élevé que la moyenne. Et pendant ce temps, une loi pour le contrôle des armes à feu?... Et pendant ce temps, le fléau du racisme?...


On peut comprendre pourquoi Jon Stewart ne la trouve pas drôle... Ironie du sort, son invité en fermeture d’émission jeudi était Malala Yousafzai, cette jeune Pakistanaise qui a remporté le prix Nobel de la paix en 2014 après avoir reçu une balle en pleine tête de la part de talibans opposés à l’éducation des filles dans son pays. Une femme inspirante qui a fait conclure à un Jon Stewart particulièrement down ce soir-là qu’il y avait encore lieu d’espérer.


Les États-Unis, pays du meilleur et du pire.... Les jours où ce pays me désespère plus particulièrement, ce sont des gens comme Jon Stewart qui, dans mon cas, me redonne espoir.

 

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