/sports/hockey
Navigation

Expansion: les 5 questions que se posera Gary Bettman

Expansion: les 5 questions que se posera Gary Bettman
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Avant d’octroyer une franchise d’expansion de la Ligue nationale de hockey, le commissaire Gary Bettman et les gouverneurs poseront possiblement les cinq questions suivantes, auxquelles Québec devra répondre par l’affirmative pour avoir une chance voir les Bleus patiner un jour au Centre Vidéotron.

1. Avez-vous un amphithéâtre convenable?

À cette question, Las Vegas et Québec peuvent répondre «oui, Monsieur Bettman, ça s’en vient». Pour Seattle, c’est non. Mais d’autres villes sont sur les rangs ici, comme Portland et Kansas City.

2. Avez-vous un propriétaire solide?

La ligue a besoin de «propriétaires solides», exprime Jean Gosselin, spécialiste du marketing sportif. «On ne voudra pas, dans quatre ou cinq ans, récupérer ou déménager une équipe qui va mal.» C’est bien connu, Québecor a répondu présent et remettra un dossier à la LNH. «Québecor a déjà une relation d’affaires avec la LNH [contrat de télédiffusion], c’est un plus», pointe le professeur de communication et spécialiste du marketing, Luc Dupont, à l’Université d’Ottawa.

Dans le désert du Nevada, le milliardaire Bill Foley a les reins solides et est parvenu à charmer la LNH avec sa prévente de billets.

De son côté, le professeur André Richelieu, expert en marketing du sport à l’Université du Québec à Montréal, souligne que les «jeux de coulisses» ont aussi leur importance. «La dimension humaine et la dimension politique vont compter.»

3. Avec-vous un marché assez grand?

Quatre experts consultés par Le Journal relèvent que Winnipeg, avec un marché similaire à celui de Québec, s’en sort très bien. La Capitale, ajoute M. Gosselin, compte désormais beaucoup plus d’entreprises que lorsque les Nordiques sont partis, en 1995. Les entreprises de l’Est-du-Québec pourront aussi acheter des loges à Québec, au lieu de Montréal. M. Dupont rappelle qu’à l’époque des Nordiques, de nombreux autocars amenaient des fans d’un peu partout au Québec au Colisée, tous les soirs.

Il faut aussi considérer le marché publicitaire. «À la fin, ce qui compte dans le potentiel d’une ville, ce n’est pas le nombre de citoyens, mais le nombre de clients potentiels. Et à ce jeu-là, Québec est capable de rivaliser avec 80 % des marchés actuels de la ligue», fait remarquer M. Dupont, ajoutant qu’à l’époque, les Nordiques généraient des revenus publicitaires impressionnants.

4. Êtes-vous à la bonne place?

Oui, les billets, c’est important, mais ce sont les revenus des droits de télé qui ont explosé ces dernières années. La LNH a tout avantage à faire monter les prix, et pour cela, elle doit mousser l’intérêt pour le hockey dans un plus grand nombre de marchés possible. Avec plus de villes, plus de marchés disponibles, la publicité se vend plus cher, les droits de télé aussi, et la ligue s’enrichit. Voilà la grande faiblesse de Québec, explique M. Gosselin. «Le marché télévisuel de Québec est déjà acquis» avec le Canadien de Montréal, principalement. S’il y avait des gains à faire, «il ne grossira pas de façon aussi importante qu’à Las Vegas ou à Seattle».

Mais M. Dupont tient à relativiser. «Si quelqu’un est prêt à faire un chèque de 500 millions $, je soupçonne que la géographie sera moins importante dans les critères!»

Gary Bettman a clairement indiqué que le débalancement Est-Ouest dans la ligne ne serait pas un critère.

5. Pouvez-vous signer un chèque de 500 millions $US?

Cinq cents millions de dollars américains, c’est le prix minimum fixé par Gary Bettman pour accueillir une équipe d’expansion. André Richelieu croit ce montant justifié en raison de la bonne santé de la ligue. Mais il souligne qu’on doit ajouter des frais de 100 à 150 millions $US la première année pour les filiales, les dépisteurs, les entraîneurs, l’équipe de direction, de marketing et les joueurs dont le plancher est à 53 millions $US. Le total? Jusqu’à 875 millions $CAN.

Aux yeux de Luc Dupont, le prix d’entrée de 500 millions $US est «extraordinairement élevé» pour une franchise «sans joueur, sans réputation, sans histoire». Une équipe perdante, même si les fans semblent prêts à «manger leur pain noir pendant des années», c’est assurément un défi de plus. Selon lui, en gardant un flou artistique sur les termes de l’expansion, M. Bettman réussira à faire monter les enchères.

Mais il y a un autre élément sur lequel le commissaire est discret, et ce sont ces équipes en difficultés, qui, selon les expériences passées, se vendent beaucoup moins chères que les équipes d’expansion. «Les proprios commencent à en avoir assez. On cache ça sous le tapis pour ne pas faire perdre de valeur aux franchises», croit Mario Lefebvre, auteur du livre Power Play, sur l’économie du sport professionnel et ex-économiste pour le Conference Board. «Je continue de penser qu’il va aussi y avoir des déménagements.» En raison de ces «canards boiteux, je ne serais pas surpris qu’elle accepte des offres en dessous de 500 millions $.»

La LNH a aussi des cartes dans sa manche pour exiger le gros prix, souligne M. Richelieu. Par exemple, il serait plutôt gênant pour le gouvernement et la Ville, après avoir dépensé 380 millions $ pour un amphithéâtre tout neuf pour les Nordiques, de ne pas avoir d'équipe de la LNH...

Reste que l’investissement dans une équipe d’expansion, même au prix demandé, est «intéressant pour une entreprise si l’équipe s’intègre dans une stratégie d’ensemble», indique M. Lefebvre. L’équipe créerait une synergie chez Québecor avec ses chaines sportives et ses publications, par exemple.