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Un village pour un enfant

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C’est à la bibliothèque de l’école primaire que j’ai d’abord trouvé matière à lire et à rêver, matière à apprendre et à réfléchir, puis à la bibliothèque Émile-Nelligan, rue Cartier, à Laval.

C’est à la bibliothèque de l’école primaire que j’ai d’abord trouvé matière à lire et à rêver, matière à apprendre et à réfléchir, puis à la bibliothèque Émile-Nelligan, rue Cartier, à Laval.

Je me souviendrai toute ma vie: quand je m’y suis inscrit, en me remettant ma carte, la bibliothécaire m’a dit: «Tu ne t’ennuieras plus jamais!»

Elle avait raison. Mais plus que de ne pas m’ennuyer, j’ai aussi appris, à travers les livres, qu’il existait d’autres façons de penser, d’autres cultures, d’autres odeurs, d’autres nourritures et d’autres valeurs que celles qui régnaient sans partage dans cette banlieue tranquille, à Laval, à la fin des années soixante... Les livres et les bibliothèques m’ont permis de choisir ma vie.

Centres d’apprentissage

À l’époque, les bibliothèques n’étaient que des réserves de livres qu’on prêtait à ceux qui le voulaient bien. Les choses ont beaucoup changé. Les bibliothèques, de nos jours, sont des bijoux qui offrent une panoplie de services, des films, des accès internet et des activités pédagogiques couvrant une foule de sujets. Ce sont, en d’autres mots, des centres d’apprentissage.

Voilà une dizaine de jours, j’étais invité à parler aux premiers Rendez-vous des bibliothèques publiques du Québec, qui se déroulaient au théâtre Outremont. Une journée magnifique avec des gens passionnés qui ne souhaitent qu’une chose: travailler plus!

Pendant la pause du dîner, assis aux côtés du président de l’Association des bibliothèques publiques du Québec, Stéphane Legault, je lui ai posé une seule question: «Quel est votre principal problème?» Il a répondu: «Le manque d’intérêt de nos élus municipaux envers nos propositions. Chaque fois qu’on veut développer des projets avec la communauté, on nous répond: contentez-vous de prêter des livres...»

Les bibliothèques publiques du Québec ont un taux d’abonnement de 30 %, mais c’est un pourcentage dopé par les bibliothèques anglophones, qui ont traditionnellement un taux beaucoup plus élevé que chez les francophones. La réalité tourne plutôt autour de 20 % chez les francophones, dans un pays où, je le rappelle, les analphabètes fonctionnels comptent pour 50 % de la population.

Or, les bibliothèques sont des centres de littératie. On peut y apprendre les rudiments de la culture scientifique, littéraire, financière, sociale... On peut s’y développer, y grandir.

Ouvrir des portes

Les bibliothèques publiques ne veulent pas plus de ressources, elles veulent tout simplement qu’on leur permette de mettre l’épaule à la roue pour contribuer à sortir le Québec de la boue. Chaque fois que les bibliothèques réussissent à créer des programmes qui l’ancrent dans sa communauté, en partenariat avec les écoles, les organismes, et même les entreprises, les résultats sont convaincants, surprenants, beaux à voir. Les bibliothèques sauvent des vies en donnant des moyens d’apprendre, des lieux de réflexion, des idées neuves. Les bibliothèques ouvrent des portes à ceux et celles qui se croient dans un cul-de-sac!

Mais les bibliothèques se font répondre par les élus municipaux de se contenter de prêter des livres.

En matière d’éducation, ça prend un village pour élever un enfant. Les bibliothèques ont un important rôle à jouer. Les élus devraient en être conscients.