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Enfin l’été!

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Pierre Lalonde chantait «C’est le temps des vacances». Même si ma famille n’était pas fortunée, nous avions la chance, dans ma jeunesse, de déménager tout l’été au chalet autour du 24 juin.

Pierre Lalonde chantait «C’est le temps des vacances». Même si ma famille n’était pas fortunée, nous avions la chance, dans ma jeunesse, de déménager tout l’été au chalet autour du 24 juin.

De Chicoutimi au lac Clair, il n’y avait qu’une trentaine de kilomètres, mais c’était une vraie équipée nous emportant vers une vie complètement différente de ce qu’elle était en ville.

Nuages ensemencés

Enfin les vacances! Le bonheur! Plus de maudite école, une vie plus libre qui tournait autour du lac où l’on se baignait sans cesse. S’il ne pleuvait pas évidemment...

Car il pleuvait souvent. Une légende urbaine voulait qu’Alcan ensemence secrètement les nuages au Saguenay, de façon à ce que le lac Saint-Jean soit toujours rempli à ras le bord pour alimenter les installations hydro-électriques de la multinationale.

Quand on repense à cette époque sans doute embellie par la nostalgie, une chose frappe: tous ceux qui le pouvaient décrochaient alors un long moment tout l’été. La rentrée ne se faisait que le lendemain de la fête du Travail, qui arrivera cette année le 7 septembre.

De façon masochiste dans un Québec où les étés sont si courts, les activités reprendront trois semaines sinon un mois plus tôt en 2015, dès la mi-août. Il est par ailleurs évident qu’un nombre croissant de gens ont désormais de la difficulté à s’arrêter, à décrocher.

Cela a peu à voir avec les ressources financières des personnes concernées, contrairement à autrefois où c’était ceux qui en avaient les moyens qui décrochaient le plus.

Aujourd’hui, au contraire, on a parfois l’impression que ce sont les plus privilégiés qui sont les plus dépendants de la frénésie ambiante. Intéressante nouvelle forme de justice, quand on y réfléchit un peu.

Comment ne pas faire le lien avec la révolution technologique en cours? Cette dernière comporte un aspect asservissant, drogue nouveau genre qui oblige à toujours vivre dans l’intensité, à être à ON en permanence.

On a de la difficulté à décrocher du travail, de l’actualité, du téléphone intelligent, du système. On a des problèmes avec les temps morts nécessaires à la vie.

Ne rien faire !

Depuis toujours, un élément essentiel de cette dernière réside pourtant dans cette alternance entre phase de travail et phase de repos, état de veille et état de sommeil, jour et nuit, etc.

Après l’effort, dormir, se reposer, s’amuser, se réparer, flâner. Ne rien faire...

On a presque l’impression que cela va bientôt devenir carrément illégal que de ne rien faire. Qu’il faudra travailler de plus en plus, faire davantage d’argent, hyperperformer, s’informer sur tout et rien. S’il fallait qu’on manque quelque chose!

Vivement, donc, cet été qui s’installe au Québec en ce début de juillet, période encore associée aux vacances pour la plupart d’entre nous.

Ce que je vous souhaite, ce n’est pas de louer le plus beau chalet ou le plus gros bateau, de faire le plus merveilleux des voyages ou de passer les plus belles vacances de votre vie.

Non! Je vous souhaite juste de décrocher vraiment, de vous laisser vivre, quitte à vous ennuyer un peu.

Un bel été à tout le monde! S’il pleut, on restera couché plus longtemps...

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