/opinion/blogs
Navigation

Notre île de Pâques: la Terre?

File photo of a view of "Moai" statues in Rano Raraku volcano, on Easter Island, 4,000 km (2486 miles) west of Santiago
Reuters

Coup d'oeil sur cet article

Connaissez-vous l’île de Pâques, aussi connue sous le nom de Rapa Nui?

Cette petite île au fond du Pacifique est située à environ 3 700 kilomètres des côtes du pays qui en est propriétaire, le Chili. C’est là que se trouvent ces fameuses statues appelées Moaïs (il y en a environ 900) qui tournent le dos à l’océan.

Mais avez-vous avez entendu parler de ce qui serait arrivé aux habitants de cette île?

Petit retour en arrière

Selon les données et résultats des recherches obtenus à ce jour, la première vague de colonisation de cette île serait partie des îles Marquises entre le 4e et le 8e siècle de notre ère pour naviguer jusqu’à cette petite île d’à peine 165 kilomètres carrés, soit le tiers de la superficie de l’île de Montréal.

Selon la légende rapanuie, un roi déchu, Hotu Matua, est venu s'installer sur l'île avec son épouse Avareipua et y emmena hommes, femmes et enfants ainsi que des vivres. Par la suite, les Rapanuis ont immortalisé cette découverte en représentant sept statues moaïs à leur effigie.

Selon des analyses génétiques effectuées sur des squelettes, la population de cette île serait de la même origine que la population polynésienne actuelle. Par ailleurs, le chercheur québécois Jean-Hervé Daude est d’avis que des incas auraient aussi été à l’origine de cette civilisation.

Ainsi, deux peuples se seraient partagé l'île. La tradition orale mentionne la présence des "courtes oreilles", qui seraient d'origine polynésienne, et des "longues oreilles", d'origine inca.

La dilapidation de leurs ressources

En 1722, au jour de Pâques (d’où le nom), le navigateur hollandais Jacob Roggeveen a « découvert » une île où il n’y avait pas d'arbres, pas d’oiseaux et à peu près aucun animal, donc à peine de quoi survivre.

Des analyses récentes de l’histoire morphologique et pollinique ont  pourtant déterminé que sur cette île où il n’y avait pas d’arbre avaient jadis vécu une luxuriante forêt millénaire.

Or, cette forêt a été graduellement rasée, ce qui a appauvri le sol et a contribué à une famine qui a presque complètement éliminé la vie humaine sur cette île.

Pourquoi les habitants de cette île auraient-ils rasé leur forêt?

La réponse : l’ambition et la compétition.

Pour déplacer les fameuses statues de plusieurs tonnes devenues symboles de puissance tribale, les habitants de l’île auraient coupé de façon irréfléchie ces arbres sans veiller à attendre que ceux-ci aient le temps de se régénérer.

Cette compétition entre tribus (entre 10 et 12 tribus vivaient alors sur l’île) pour élever les plus grosses statues a ainsi grandement contribué à cette déforestation et donc au déclin de cette île et de ses habitants. À tel point que les archéologues ont découvert qu’à compter du 16e siècle, les os de dauphins avaient disparu des restes de repas.

Selon l’hypothèse la plus acceptée, la disparition des gros arbres a mis un terme à la pêche puisqu’ils ne pouvaient alors plus construire de bateaux.

C’est ainsi qu’ils ont fini par devenir prisonniers de leur île, après avoir dilapidé ces ressources naturelles qui étaient essentielles à leur survie.

Puis arrivèrent les occidentaux...

... qui amenaient avec eux de bonnes graines, mais aussi des virus redoutables comme la syphilis, la variole et la tuberculose, ce qui tua la majeure partie des derniers habitants de l’île, mais l’événement qui achèvera à peu près complètement la population encore vivante eu lieu en 1862, quand des bateaux vinrent enlever hommes et femmes pour les revendre comme esclaves en Amérique du Sud.

Finalement, le capitaine français Jean-Baptiste Dutrou-Bornier s'y installa en 1868 et y asservit les derniers survivants.

Ceci marqua la fin de la civilisation de l’île de Pâques.

Une métaphore

Certains anthropologues, scientifiques et historiens voient dans l’histoire de l’île de Pâques un aperçu de ce qui guette notre civilisation si nous continuons à dilapider nos ressources naturelles et à ne pas réfléchir aux conséquences de nos gestes pour le sort de nos futures générations. D'ailleurs, cette ambition démesurée qu'ont eu les habitants de l'île de Paques d'élever d'énormes statues à leur gloire pourraient être comparée à ces immenses statues érigées à la gloire de notre mode de vie: gratte-ciels, palais et tutti quanti.

À l’échelle de l’univers, la planète Terre est encore plus petite que ne l’est l’île de Pâques pour notre globe. Et comme nous sommes encore plus loin de la terre la plus proche où déménager en cas de destruction de notre écosystème que ne l’étaient les polynésiens du continent, il faudrait bien qu’on garde en tête cette histoire funeste plutôt que de continuer à scier la branche de l'arbre sur laquelle nous sommes assis.

Eux avaient l’excuse de ne pas savoir.

Pas nous.

Alors, allons-nous faire de notre Terre une gigantesque île de Pâques?

C’est LA question.