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3000 itinérants, 6 fonctionnaires

3000 itinérants, 6 fonctionnaires
Photo d’archives

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Nous apprenions hier qu’il y aurait autour de 3000 itinérants à Montréal. C’est beaucoup moins et beaucoup mieux que les chiffres qui circulaient depuis de nombreuses années. Beaucoup mieux parce que les solutions pour prévenir que des gens ne se ramassent à la rue, et pour longtemps, deviennent soudainement plus réalisables.

Ces solutions ont été avancées dans le dernier plan d’action en matière d’itinérance (Plan d’action interministériel en itinérance 2015-2020) lancé il y a quelques mois sans qu’on y fasse trop écho. Je connais bien ce plan ; j’y étais à titre de collaborateur à la rédaction. Il est notamment inspiré d’une politique de prévention de l’itinérance adoptée par le gouvernement précédant. Comme quoi, en certaines matières, la politique peut prendre des allures non partisanes.

C’est, je pense, un très bon plan (https://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2014/14-846-02W.pdf).  On y retrouve trente-trois (33) mesures. Certaines de ces actions couvrent la période de la petite enfance : plusieurs des personnes qui se retrouvent à la rue ont subi des mauvais traitements dans leur enfance et ont dû être prises en charge par la protection de la jeunesse. D’autres concernent les gens qui sortent des centres hospitaliers psychiatriques, des centres carcéraux ou des centres jeunesse. La transition vers une vie sociale réussie dépend largement de la qualité d’accompagnement de ces personnes et en particulier de leur accès rapide à un logement décent. La disponibilité immédiate de logements associée à un accompagnement  social ou médical, dont l’intensité et la spécificité varient selon les besoins, occupe une place névralgique dans ce plan. Certaines actions concernent spécifiquement les personnes âgées qui se retrouvent dans la  rue ou risquent d’y aboutir et d’autres visent les membres des nations autochtones qui sont surreprésentées parmi les gens de la rue. La formation des intervenants sociaux, médicaux et policiers occupe aussi une place importante dans ce plan.

Comme j’ai collaboré à la rédaction du plan, j’ai été à même de constater l’engagement, le dévouement et la compétence des fonctionnaires assignés à sa production. On s’imagine qu’ils sont une armée à travailler sur un plan semblable. Faux. Ils étaient six, dont cinq femmes, de la Direction des dépendances et de l'itinérance assignés au dossier:  deux à la coordination et à la rédaction, deux en appui occasionnel et deux au secrétariat. Une petite équipe de fonctionnaires qui ne comptaient pas leurs heures occupés à rencontrer les intervenants du réseau, les intervenants communautaires, à négocier les actions avec une liste infinie de directions du ministère de la santé et avec neuf autres  ministères, sans compter les rencontres avec une table interministérielle et un comité consultatif. Et en prime, à travers tout cela, les négociations avec Ottawa concernant un programme de subventions au logement, plus tous les autres dossiers qu'il ne faut pas laisser tomber et...l’austérité. 

Il y aura dans les prochains jours des doutes quant au nombre réel d’itinérants que l’on retrouve à Montréal. Certains reprocheront un dénombrement trop restrictif qui ne tient pas compte de situations de quasi-itinérance (coach surfing, surpeuplement de logement) ou de marginalisation extrême. Peut-être. Mais je ne pense pas que vous entendrez quelque réserve que ce soit, si petite soit elle, envers les fonctionnaires qui ont travaillé au plan d’action. Ils ont fait un travail de patience, de cohérence et de rigueur exemplaire.

Tout ce que l’on peut maintenant souhaiter, c’est que les ressources nécessaires soient au rendez-vous!