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Ces pères qui dérapent: prévenir le pire!

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Photo d'archives

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Nous sommes devant l’innommable : un père tue son enfant. Puis, il se suicide. Cela vient tout juste d’arriver à Anjou. Ce genre de drame arrive trop souvent. On compte de 30 à 35 homicides familiaux par année au Québec dont 5  ou 6 infanticides. C’est trop.  Et à chaque fois cela nous atteint, nous secoue, nous trouble, nous choque. Comment peut-on en arriver à commettre un tel geste? Qui sont ces pères? Peut-on prévenir ces drames?

J’avais à l’époque du premier procès de Guy Turcotte  écrit un commentaire dans Québec-Science dont je m’inspire pour répondre à ces questions. 

La recherche sur le sujet n’abonde pas. Mais il se dégage tout de même un profil qui serait commun à ces pères.  Ils sont d’âge mur, seraient pour la plupart de bons travailleurs et, selon les voisins, des pères sans histoire, voire dévoués et aimants. Cependant, on les décrit aussi comme des êtres plutôt isolés, comptant peu d’amis. La famille constitue l’essentiel de leurs relations sociales et leur seul lieu d’investissement affectif. Elle devient comme une extension d’eux-mêmes. Lorsqu’arrive une séparation, un divorce, une infidélité, c’est comme s'ils subissaient une ablation, une amputation. La blessure est totale, narcissique. Immatures, ramenant tout à eux, ils sont envahis par des sentiments d'injustice et de rage à l’idée que leurs enfants pourraient leur échapper, qu’on leur enlèverait un morceau de ce qu’ils sont. Personne ne leur fera subir cela.

La recherche dit aussi de ces pères qu’ils peuvent être contrôlants, extrêmement possessifs et parfois violents. Plusieurs auraient été violentés dans leur enfance. Ils sont souvent dépressifs et se désorganisent lorsque, par exemple, ils sont confrontés à une séparation ou un divorce.

La séparation ou le divorce s’accompagne très souvent de sentiments de perte, d’abandon, d’injustice, de colère, de tristesse, de désarroi, de déception profonde. La littérature scientifique indique qu’il faut une période d’adaptation assez longue avant de retrouver une certaine sérénité. Pour certains individus plus vulnérables, particulièrement chez les dépressifs, cette période de grande turbulence affective et sociale peut entrainer des réactions extrêmes, pouvant conduire au meurtre et au suicide.

Y peut-on quelque chose? Peut-on prévenir de tels cauchemars? La réponse : oui. Nous l’avons fait pour le suicide dont les taux ont très fortement chuté chez les 15 à 34 ans, surtout chez  les hommes. Pour y arriver, il a fallu que le gouvernement adopte une politique de prévention sérieuse et bien organisée et mobilise toutes les ressources disponibles. Un comité d’experts a remis au gouvernement un rapport étoffé dont les recommandations constituent certainement la base d’une solide politique de prévention des homicides familiaux (Rapport du comité d’experts sur les homicides intrafamiliaux, 2012, Gouvernement du Québec).

Cette politique pourrait, par exemple, viser spécifiquement la période de séparation ou de divorce qui augmente singulièrement les risques de drames familiaux. C’est archi connu. 

Ce serait un début. Ne rien faire n’est pas une option.