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La botte allemande et la vilaine petite cigale

La botte allemande et la vilaine petite cigale
Photo Archives / Reuters

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À la fin, la Grèce aura été bradée au privé sous l’œil malveillant de l’Allemagne. La Grèce aura tout perdu, l'Allemagne tout gagné.   Sans troupes au sol, elle vient d'amorcer la transformation de l’Union européenne en Union germanique. Elle a parfaitement réussi à faire la démonstration que les choses allaient se passer selon des règles qu’elle applique strictement, des règles qui lui permettent d’imposer ses vues sous le couvert d’une union des pays d’Europe qui n’ont rien d’autre en commun que leur triste euro.

Le sourire crispé et factice du self-made héros Hollande ne trompe pas : la France sort aussi perdante de cette crise. L’effritement de l’Union européenne au profit d’une Allemagne toute puissante est bel et bien engagé. Et cette mise en tutelle de la Grèce avec la complicité d’un gouvernement Français de gauche est abjecte. Non seulement les Grecs ont échoué à faire retrancher même une partie infime de leur dette, mais ils doivent consentir à ce que les recettes de la privatisation des biens publics soient mises sous scellés et gérées par la troïka. L’Union germanique ne tolérera pas de souveraineté autre que la sienne, autrement qu’affaiblie et soumise.  La France ferait bien de s’en souvenir, une autre fois.

Et plus,  les conglomérats financiers ont désormais la possibilité de se payer les infrastructures de services qu’ils ont financées de leurs prêts sans que cela ne leur en coûte un sous. Au contraire : les prêts , nouveaux et anciens, consentis à la Grèce rapportent de gros sous auxquels s'ajoutent désormais les gains tirés de la privatisation et de l'exploitation des ports, des aéroports et des transports publics.

Et, encore plus dépendants du bon ou mauvais vouloir de ses « partenaires » européens, les Grecs ne peuvent même penser une seule seconde à se reconstruire comme l’Allemagne a pu le faire avec l’effacement de sa dette guerrière de 60 milliards de dollars après le désastre de 1945. L’économie grecque sera encore pour très longtemps dédiée au remboursement des intérêts sans possibilité réelle d’investir dans la recherche, l’innovation et le développement économique. Ce qu’elle avait été capable de se donner dans le domaine du développement social va aussi désormais lui échapper. Elle est condamnée à remplir le rôle de canari dans la mine dont la mort permettra aux membres de l’Union européenne de prendre leurs jambes à leur cou lors d’une prochaine crise laissant l’Allemagne comme seule propriétaire des lieux. 

En attendant le prochain coup de grisou,  les plages et les îles grecques seront à nouveau occupées par les touristes allemands venus s’amuser dans leur terrain de jeu préféré. Ils ne verront pas les suicidés que l’on enterrera loin de leurs regards. Et ils se persuaderont avoir choisi des vacances en Grèce pour aider cette vilaine petite cigale que la botte allemande a écrasée sans état d’âme.