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Harper, Netanyaou et Chostakovitch

Domaine Forget, Saint-Irénée de Charlevoix
Photo courtoisie

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Il y a de ces moments où le cynisme politique vous atteint davantage, comme l’été par exemple, l’été durant lequel vous baissez la garde et pensez en être protégé par l’insouciance, l’oisiveté ou encore par la beauté de ce qui vous entoure. Il y a de ces moment de grâce dont vous êtes malheureusement tirés par la petite et grande bassesse politique.

Hier, en après-midi, j’étais littéralement happé durant près de trois heures par la fougue, la poésie, la passion et le talent de l’Orchestre des Amériques en concert au Domaine Forget dans Charlevoix. Depuis maintenant 18 ans, cet orchestre rassemble des jeunes qui font partie de l’élite musicale sud-américaine et nord-américaine le temps d’un été. Le temps de former un orchestre, un ensemble symphonique étonnant capable aussi bien d’un jeu raffiné, discret, feutré, émouvant que d’un déploiement spectaculaire, percutant et d’une précision que l’on reconnaît seulement aux plus grands orchestres. Des jeunes femmes, des jeunes hommes extrêmement talentueux capables de traduire des œuvres complexes, exigeantes et envoûtantes avec  générosité, puissance et sincérité.

Et voilà que paraissent deux nouvelles qui m’éloignent brutalement de cette sincérité et qui puent le cynisme politique à plein nez:  Harper et ses élections précipitées, et Netanyahou et sa lutte prétendument sans pitié contre les terroristes israéliens.

Dans le cas de Harper, la puanteur ne vient pas tellement de ce qu’il déclenche des élections qui dureront une éternité, mais bien plutôt des raisons qu’il évoque pour s’en expliquer.  Déclencher des élections hâtivement permettrait à tous les partis de disposer d’un jeu égal, prétend-il, alors qu’autrement son gouvernement serait accusé d’utiliser les fonds publics pour annoncer des projets en période préélectorale. Hypocrisie 101: Harper et ses ministres ne font que cela depuis des semaines. En plus, Harper et sa bande disposent d’un financement qui leur donne un avantage certain sur les autres partis. Et, selon la loi électorale, le plafond des dépenses est quasiment doublé dans le cas d’une campagne aussi longue, ce qui les favorise encore plus. Cela pue la petite bassesse.

Pour ce qui est de Netanyahou, il n’y a pas à retourner très loin dans le temps pour comprendre que sa déclaration de guerre contre les terroristes israéliens qui mettent le feu aux maisons palestiniennes, blessent grièvement les parents et tuent leur enfant n’est qu’un faux-semblant. Cette déclaration vient d’un homme qui a multiplié les installations de colons juifs, très souvent extrémistes: 400 000 en territoire cisjordanien et 200 000 à Jérusalem-Est. Cette déclaration vient de la bouche de celui qui provoque les crises à qui mieux mieux et crée littéralement les conditions propices aux actes terroristes, 11 000 en dix ans, qu’il dénonce solennellement ensuite. Cela pue la grande bassesse.

Heureusement, à côté de cette petite et grande bassesse politique, on peut trouver l’expression de la grandeur que peut prendre l’âme humaine. Notamment dans cette œuvre magnifique de Chostakovitch, la symphonie No 11 en sol mineur, L’Année 1905, interprétée hier avec tellement d’authenticité  par ces jeunes de l’Orchestre des  Amériques, et dont vous pourrez écouter l'enregistrement dans le cadre des Soirées classiques à Ici Musique cet automne. Si toutefois l'odeur nauséabonde du cynisme politique vous est à ce point intolérable, vous pouvez vous en échapper  dès maintenant à l'adresse suivante: www.youtube.com/watch?v=yNwphpCoMgw.