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Des parents pris à la gorge, des enfants la clé au cou!

Des parents pris à la gorge, des enfants la clé au cou!
SIMON CLARK /JOURNAL DE QUEBEC

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Deux nouvelles apparaissent simultanément sur le fil ce matin : 1) Québec envisage de baisser les impôts et 2) augmentation, souvent au double, des frais des services de garde scolaires. Le modèle utilisateur-payeur est en train de s’installer solidement au Québec à la plus grande satisfaction des défenseurs du rapetissement de l’État. Et ce sont les parents et les enfants qui en paient le prix. Vous vouliez avoir des enfants : eh bien, crachez maintenant!

Alors que l’on se fait chanter sur tous les tons, mineurs comme majeurs, que les coffres de l’État sont vides, que le Québec ne devrait financer que les programmes qu’il peut se payer, voilà que le président du Conseil du trésor laisse miroiter une baisse d’impôts qui arrivera opportunément juste avant les prochaines élections. Cette rhétorique opportuniste est cousue de fil blanc : moins l’État percevra d’impôts, moins il se dira en mesure de financer les programmes, plus il pourra affirmer qu’il faut réduire le rôle de l’État et plus il va exiger que les utilisateurs paient les services. Incidemment, cette rhétorique prévaut aussi bien dans le cas de la modulation des tarifs des services de garde éducatifs préscolaires que dans le cas des services de garde scolaires.

Cela n’est pas sans conséquence. La première étant que, dans le cas des services de garde scolaires, plusieurs parents, pris à la gorge, prendront la décision de ne plus inscrire leur ou leurs enfants à ces services. On peut aisément prédire les conséquences : plus d’enfants laissés à eux-mêmes qui rentreront la clé au cou à la maison. C’est un classique. Un classique qui nous vaudra parfois des incidents mineurs, mais qui parfois aussi engendrera une utilisation plus importante des services de santé et des services de la Protection de la jeunesse. Je ne sais pas qui fait vraiment les comptes au Conseil du trésor, mais je serais prêt à parier que donnant-donnant les services de garde coûtent beaucoup moins cher à l’État que la prise en charge de signalements par la Protection de la jeunesse ou les interventions en santé.

Je n’ai pas de peine non plus à imaginer que cette comptabilité à courte vue ne prend pas non plus en compte les inquiétudes légitimes des parents qui se croisent les doigts pour que rien de fâcheux n’arrive en leur absence et, conséquemment, la baisse de productivité de ces parents pressés de quitter leur travail plus tôt ou qui se déclarent malades.

Le risque augmentant avec le nombre d’heures que les enfants sont laissés sans supervision, les journées de congé pédagogique deviendront de véritables casse-tête pour les parents les moins nantis devant des tarifs qui vont souvent passer de 8 $ à 16 $ par jour. Et s’ils arrivent à financer ces journées, beaucoup de ces parents ne pourront assumer la facture supplémentaire pour les sorties des élèves lors de ces journées. Nous aurons donc droit dans une même école à un service VIP pour les enfants dont les parents peuvent financer les sorties et à un service allégé pour les enfants dont les parents peinent à payer leur seule présence à l’école et qui, nous le savons, en profiteraient le plus. Au moment de publier ce billet, le gouvernement annonce en catastrophe qu'il offrira un crédit d'impôt sur la portion d'augmentation des tarifs et que cela devrait diminuer l'impact de la hausse. Le ministre Blais ignorait de combien la facture en serait allégée. Chose certaine, cela ne change en rien le sort des parents dont le revenu n'est même pas assez élevé, même s'ils travaillent à plein temps, pour payer de l'impôt. 

Des parents pris à la gorge et des enfants qui se retrouvent la clé au cou. Cela m'amène à poser la question à choix multiples suivante : 

Avons-nous affaire à des décideurs

a) ignorants?

b) insensibles?

c) irresponsables?

d) incompétents?

e) aveuglés par leur idéologie?

f) a,b,c,d,e?