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L’UMQ veut-elle truquer le débat démocratique?

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L’Union des municipalités du Québec propose d’offrir aux élus et fonctionnaires municipaux une assurance pour faciliter leurs poursuites judiciaires contre les propos «haineux» ou diffamatoires publiés contre eux sur les médias sociaux.

L’Union des municipalités du Québec propose d’offrir aux élus et fonctionnaires municipaux une assurance pour faciliter leurs poursuites judiciaires contre les propos «haineux» ou diffamatoires publiés contre eux sur les médias sociaux.

Je m’inquiète de voir les dirigeants municipaux s’assurer aux frais de l’ensemble des citoyens afin de poursuivre ceux qui s’expriment à l’égard de leurs décisions.

Des porte-parole de l’UMQ ont expliqué qu’avec internet et l’explosion des médias sociaux, il est désormais facile de formuler des critiques, et même des menaces contre les dirigeants municipaux.

Des menaces? Des propos haineux? Le Code criminel les interdit. Pour dénoncer un intimidateur, nul besoin d’une police d’assurance! Il faut prévenir les forces de police! Alors, que couvrirait cette assurance?

On pense nous rassurer en précisant qu’il ne s’agit pas de «bâillonner les citoyens». Seulement poursuivre ceux qui dépassent les «limites» de la liberté d’expression.

Mais quelles sont ces limites? Et surtout, quelles sont ces «limites» selon l’UMQ?

On parle des propos qui portent atteinte à la réputation. Certains édiles municipaux se plaignent d’être «mal cités» et s’inquiètent d’être ridiculisés.

En démocratie, chacun est libre de critiquer ou de se moquer des décisions publiques. Évidemment, cela peut «nuire» aux élus. Mais la loi interdit uniquement l’atteinte à la réputation résultant d’un propos que n’aurait pas tenu une «personne raisonnable».

Mais l’allergie aux critiques de plusieurs dirigeants municipaux concerne souvent plus que les propos vraiment prohibés par la loi.

Certains dirigeants municipaux ont l’épiderme sensible: ils confondent critiques sévères de leurs politiques et atteinte fautive à leur réputation ou leur «vie privée».

Dotés d’une assurance, ils seront encore plus enclins à brandir des menaces de poursuites contre ceux qui osent les critiquer ou les mettre dans l’embarras. C’est là que le projet de l’UMQ est dangereux et inacceptable.

Pour être acceptable, une telle assurance ne doit couvrir que les recours contre les propos réellement fautifs, pas ceux qui sont seulement «inexacts», déplaisants ou possiblement trompeurs. En politique, la vérité des uns est mensonge pour les autres.

Accorder aux dirigeants municipaux le privilège d’imposer leur vérité, c’est truquer le débat démocratique.

Et ceci est franchement inacceptable.

 

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