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Les Stastny arrivaient à Québec il y a 35 ans: «C'était naturel d'apprendre le français»

En 1980, les Nordiques de Québec organisaient la défection des Slovaques Peter et d’Anton, qui allaient marquer toute une génération

Les Stastny arrivaient à Québec il y a 35 ans: «C'était naturel d'apprendre le français»
Photo d'archives

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Le 25 août 1980, les Nordiques de Québec présentaient fièrement à leurs partisans ceux qui allaient marquer le plus profondément l’histoire de l’équipe, les frères Stastny. Aujourd’hui, c’est toujours la voix chargée d’émotion qu’ils évoquent le moment le plus marquant de leur vie.

Peter Stastny, qui a inscrit 1048 points en 737 matchs avec les Nordiques, touchait le sol canadien en compagnie de son frère Anton il y a 35 ans. L’aîné du trio, Marian, les rejoignait un an plus tard et les trois allaient s’intégrer à merveille à leur nouveau nid, au point d’apprendre le français.

Les Stastny arrivaient à Québec il y a 35 ans: «C'était naturel d'apprendre le français»
Photo d'archives

C’est avec les traits tirés, le regard sombre et la démarche lente que les deux Slovaques ont vécu leur premier bain médiatique à leur arrivée à Montréal, avant de prendre la route de Québec.

«Nous vivions des moments très émouvants. J’étais très inquiet au sujet de ma famille. Je n’arrêtais pas de me demander si je reverrais un jour mes parents et mes proches. C’était terrible», s’est remémoré Peter Stastny, en entretien avec Le Journal.

«Ce n’est pas croyable que ça fasse déjà 35 ans! s’est exclamé Anton. Il y avait beaucoup d’incertitude, mais nous étions aussi excités à l’idée de découvrir le monde et de commencer notre vie.»

Évasion rocambolesque

Représentant leur pays à la Coupe d’Europe à Innsbuck, en Autriche, Anton et Peter ont pris la fuite pour se réfugier à l’ambassade canadienne à Vienne, avec l’aide des représentants des Fleurdelisés, Gilles Léger et Marcel Aubut. Ils se sont envolés ensuite vers Amsterdam, puis Montréal, dans une épopée qui fascine toujours, près de quatre décennies plus tard.

«Nous vivions des moments très tendus. À l’époque, c’était impossible de s’imaginer ce qu’on vivait. On fuyait un régime basé sur la peur où on ne pouvait faire confiance à personne. Pour se rapprocher aujourd’hui de ce qu’on a pu connaître, il faudrait vivre en Corée du Nord.»

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Photo d'archives

Un accueil chaleureux

Pour les frangins, l’arrivée au Québec s’est révélée une source d’anxiété, mais aussi un immense soulagement.

«Déjà en débarquant à Québec, entre l’aéroport et l’hôtel, on voyait plein de gens dans la rue qui nous souhaitaient la bienvenue sur des écriteaux. On était estomaqués et on a vite compris que le côté chaleureux des Québécois était leur grande qualité», rigole Anton.

«Les gens de Québec nous ont accueillis gentiment dès la première minute. Nos esprits étaient préoccupés et il y avait énormément de nervosité, mais les Québécois ont rendu notre arrivée plaisante. Ce n’était pas encore notre maison, mais c’était tout comme», poursuit Peter.

1984
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Une nouvelle vie

Les Stastny, qui ont passé leurs premières semaines à Québec à l’Auberge des gouverneurs, n’ont pas mis de temps à s’établir, autant sur la patinoire du Colisée que dans la société.

Cela n’empêche pas que fuir le régime communiste ne s’est pas faite sans heurts.

«Pendant au moins deux ans, je faisais les mêmes cauchemars. Je représentais mon pays sur la glace et je devais me sauver pour éviter de me retrouver en prison. C’était constamment le même rêve horrible et je me réveillais chaque fois heureux de me retrouver au Québec plutôt que là-bas», tremble encore Peter.

«Notre but dans toute cette histoire était simplement de procurer une vie libre à notre famille. Le Québec nous a donné une vie confortable où on faisait ce qu’on aimait faire en toute liberté. Nous sommes encore reconnaissants.»

Des ambassadeurs de la langue française

Si les exploits sur la glace des frères Stastny leur ont assuré une place dans l’histoire du hockey, c’est aussi leur volonté exceptionnelle d’apprendre la langue française qui les a enracinés dans le cœur de nombreux Québécois.

2010
Les Stastny arrivaient à Québec il y a 35 ans: «C'était naturel d'apprendre le français»
Photo d'archives

Voilà qui détonne avec nombre de figures de proue qui ont évolué pendant plusieurs années dans les marchés de Québec ou Montréal sans se familiariser avec la langue ou, du moins, sans la parler publiquement.

«À mes yeux, quand tu décides que cet endroit est ta maison, tu dois parler la langue locale. Ça me semble normal et nous ne nous sommes pas posé la question. C’était naturel d’appendre le français et je suis encore heureux de l’avoir fait, surtout que j’ai vécu après ma carrière dans la ville de Bruxelles, où le français est prédominant», a raconté Peter Stastny.

Retour d’ascenseur

Ce dernier, qui a maintes fois mentionné au fil du temps à quel point il s’était senti accueilli à bras ouverts au Québec, estime qu’il n’a fait que retourner l’ascenseur.

«Personnellement, je me suis dit: je vis ici, donc j’apprends. Les gens étaient toujours respectueux et gentils avec nous, donc c’était la moindre des choses d’être gentil avec eux en retour. Ce n’était qu’une marque de reconnaissance», a dit celui qui a disputé 10 saisons dans l’uniforme des Nordiques.

«De toute manière, plus tu apprends de langues, plus ça fait de toi un être humain curieux et intéressant. C’est toujours utile», a-t-il conclu.