/opinion/columnists
Navigation

La performance de Justin Trudeau

Justin Trudeau ne s’est pas effondré. Il ne s’est pas ridiculisé non plus, comme ce fut parfois le cas ces dernières années

Justin Trudeau
Photo Reuters

Coup d'oeil sur cet article

Cela n’est pas complètement étonnant, si on tient compte des attentes très basses au départ à son égard, surtout dans ce Québec francophone où les jeux semblent faits en faveur du NPD.

Cela n’est pas complètement étonnant, si on tient compte des attentes très basses au départ à son égard, surtout dans ce Québec francophone où les jeux semblent faits en faveur du NPD.

Il n’en reste pas moins qu’une révélation de ce début de campagne fédérale, qui commence tout juste à intéresser les Canadiens et les Québécois, est la meilleure performance que prévu du chef libé­ral Justin Trudeau.

Bonne image télé

En ce monde d’image, il joue de toute évidence son personnage avenant de jeune premier télégénique dans un combat qui se jouera beaucoup chaque soir sur les petits écrans des électeurs.

M. Trudeau ne s’est pas effondré. Il ne s’est pas ridiculisé non plus, comme ce fut parfois le cas ces dernières années. À sa façon, il incarne au contraire un Canada plus humain et plus compatissant – certains diront méchamment plus cute –, contrastant avec ce qui est promu depuis 10 ans par le glacial Stephen Harper et ses vindicatifs partisans conservateurs.

Par ailleurs, la marionnette sans profondeur que plusieurs voient encore dans le rejeton de Pierre Elliott Trudeau s’appuie sur un parti libéral semblant avoir refait son unité.

M. Trudeau bénéficie du renfort de

seniors comme les anciens premiers minis­tres Jean Chrétien et Paul Martin. C’est ce dernier qui a effectué, à titre de ministre des Finances dans les années 1990, ce redressement des finances publiques canadiennes dont les conservateurs s’attribuent le mérite.

La présence de M. Martin frappait cette semaine quand M. Trudeau a révé­lé son pari audacieux de se démarquer du nouveau credo canadien sur le déficit zéro.

Se laissant définir dans ce domaine par son adversaire conservateur, Thomas Mulcair refuse au contraire d’envisager toute possibilité de déficit, prix à payer pour se débarrasser de la sulfureuse étiquette socialiste qui colle encore au NPD.

Pari risqué

La nouvelle position libérale se défend sur le plan économique, alors que le pays, qui dispose d’une marge de manœuvre fiscale non négligeable, flirte avec la récession.

Cela permet de se démarquer de la vision dogmatique des conservateurs en matière économique, en accord avec ces 54 % de Canadiens qui appuieraient,

selon un récent sondage Nanos, de nouveaux investissements au prix d’un déficit déjà là à leurs yeux dans les faits.

Alors que, dominant dans les sondages, les néo-démocrates semblent les mieux placés pour réaliser le souhait d’une majorité de Canadiens de se débarrasser des conservateurs, on peut douter que la meilleure performance que prévu du chef libéral renverse la tendance, avec le risque de faire passer les conservateurs.

Cela dit, la poussée néo-démocrate arrive dangereusement tôt. La bonne performance de Trudeau laisse à tout le moins présager que ce sera une vraie lutte à trois, où rien n’est encore définitivement joué.

C’est le seul espoir qu’il reste au chef bloquiste Gilles Duceppe face à la débâcle qui s’annonce, alors que les souverainistes de gauche semblent déterminés à voter pour Mulcair, son seul véritable ennemi.

M. Duceppe a moins à craindre de Trudeau: les libéraux fédéraux n’ont jamais obtenu les suffrages d’une majorité de francophones québécois après que Trudeau père eut trahi ses promesses référendaires en 1982 en diminuant les pouvoirs linguistiques du seul gouvernement contrôlé par une majorité francophone au pays.