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La gratuité des services de garde de qualité: une stratégie de choix pour réduire la dette!

CPE éducatrice
Photo Archives / Agence QMI

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Le chef du PQ affirme qu’il n’y a pas d’investissement national plus important que l’éducation et ajoute qu’il veut discuter de gratuité scolaire. De son côté, le chef de la CAQ annonce que l’éducation sera désormais son cheval de bataille. Bien. Très bien. Je me permets alors une suggestion à ces chefs: offrir des services de garde éducatifs de qualité sans frais à nos tout-petits. C’est la meilleure stratégie pour réduire la dette.

Lors de la Révolution tranquille, le Québec a fait des pas de géants en matière d’accessibilité à l’éducation en instaurant la gratuité au primaire et au secondaire. Ce qui importe avant tout désormais, c’est d’assurer à chacun de nos 0-5 ans l’accès à des environnements éducatifs de haute qualité.

Le Québec s’est engagé dans cette voie lorsqu’il a créé les CPE en 1998. Ce réseau est largement inspiré d’expériences américaines qui ont fait la démonstration, et ce depuis le début des années 1960, que l’accès à des services éducatifs de qualité en très bas âge fait une différence énorme dans la vie des enfants, surtout ceux de familles défavorisées. Des enfants inscrits dans ces programmes ont été suivis et comparés, jusqu’à l’âge adulte, à des enfants en tout point semblables sauf en ce qui a trait à leur inscription à ces services éducatifs. Les résultats sont spectaculaires: beaucoup moins d’échecs scolaires chez les enfants inscrits, moins de services éducatifs spécialisés, moins de délinquance, moins de demandes à l’aide de dernier recours, moins d’arrestations au criminel, moins d’emprisonnements, plus de diplômés collégiaux et universitaires, moins de chômeurs, plus de payeurs de taxes et d’impôts, plus d’adultes mariés, et j’en passe. En tout et partout, les économistes américains calculent que pour chaque dollar investi dans ces services, les contribuables sauvent au moins 7$ et possiblement jusqu’à 13$. Rien ne bat cet investissement; plus vous attendez, moins le dollar investi rapporte. Tenter de rattraper ce que l’on a échappé durant la petite enfance coûte la peau des fesses.

Très nettement, la meilleure façon de contribuer à la réduction de la dette, de construire une société à la fois plus productive, plus créative, plus innovante et plus efficiente est de s’assurer que tous nos jeunes enfants ont l’opportunité de fréquenter des services éducatifs de qualité comme les CPE. C’est le moyen le plus économique et le plus sûr de réduire le décrochage scolaire et de rehausser le taux de diplômes aux études supérieures et aux études professionnelles. La meilleure façon de faire gonfler la dette est d’ignorer ces faits. 

Et, ce n’est pas vrai que la gratuité des services de garde éducatifs de qualité est hors de portée. En 2010, les crédits d’impôt versés aux parents dont les enfants fréquentaient une garderie commerciale étaient de 274M$. Ils seront de 557M$ en 2013 à cause de la modulation des tarifs. Ces crédits d’impôt sont onéreux et moins efficients que les investissements en CPE. Les données dont nous disposons indiquent, hors de tout doute, que les services éducatifs de qualité se retrouvent majoritairement dans les CPE et ceux de qualité médiocre majoritairement dans les garderies commerciales. De plus, lorsqu’un enfant de famille défavorisée fréquente un CPE, il a 2,5 fois moins de risque de présenter un problème de développement à la maternelle que s’il fréquente un autre type de garderie. La politique du crédit d’impôt adoptée par le présent gouvernement encourage le développement d’un réseau de garderies commerciales de moins bonne qualité, donc moins performant. On jette l’argent par les fenêtres. En éliminant graduellement ces crédits d’impôt, le Québec pourrait redonner un nouvel élan au développement des services de garde de qualité, les CPE, et introduire tout aussi graduellement la gratuité d’accès à ces services pour tous les jeunes enfants, à commencer par ceux de familles défavorisées. On ne peut demander aux tout-petits d’attendre la fin de l’austérité avant de se développer.