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Québec en mode embauche

Le gouvernement s’apprêterait à engager 1000 informaticiens pour regarnir son expertise interne

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Photo Rainier Ehrhardt

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Dépendant du privé et en manque d’expertise interne, le gouvernement du Québec a l’intention d’embaucher 1000 fonctionnaires de plus dans le domaine de l’informatique, a appris notre Bureau d’enquête.

Les voix s’élèvent depuis des années pour une telle mesure. Ce changement transformerait de façon majeure la gestion des projets informatiques au Québec, puisque l’État passerait à près de 6000 informaticiens dans sa fonction publique, soit une augmentation de 20 %.

Cette mesure deviendrait aussi un levier important du gouvernement dans ses stratégies de négociation avec les syndicats des employés de la fonction publique, selon nos informations. Ces syndicats ont régulièrement réclamé l’ajout d’effectifs.

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés
Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.

Plus tôt cette année, le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, avait confié vouloir faire un ménage, en réaction à un de nos reportages sur le recours au privé en informatique. La facture pour le privé atteint plus de 1 milliard $ par année pour plus de 3000 consultants externes, dont certains qui coûtaient plus de 2000 $ par jour.

«Oui, dans certains cas, ça coûte trop cher. (...) Non, pas dans certains cas, dans beaucoup de cas!» avait déploré M. Coiteux, voulant s’attaquer au problème.

L’inverse pour les consultants

Les temps sont durs pour les consultants. Le plus grand donneur d’ouvrage en informatique, le Centre des services partagés du Québec, a d’ailleurs sabré dans près de la moitié de ses 750 consultants.

Martin Coiteux n’a pas voulu commenter spécifiquement notre question sur les 1000 nouveaux postes. Mais son cabinet nous a rappelé que sa stratégie en informatique vise notamment à «ajouter des effectifs» afin de «rehausser son expertise interne». Il a néanmoins rappelé qu’«il y aura toujours des tâches que l’État aura avantage à confier à l’externe».

Si cette mesure ne semble pas rimer avec la réduction de l’État martelé par Martin Coiteux, ce dernier n’a jamais caché que la situation était singulière pour des domaines spécifiques, dont l’informatique.

Les syndicats préviennent

Pour Lucie Martineau, présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec, «le gouvernement reconnaît enfin être allé trop loin dans sa volonté de réduire la taille de l’État». Elle demeure sceptique quant au fait que Québec sera capable d’attirer autant d’informaticiens si les conditions de travail ne sont pas comparables au privé.

Le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec est du même avis. «Il doit y avoir une politique de rémunération suffisamment avantageuse pour que Québec puisse embaucher et retenir ces ressources», explique le président, Richard Perron, considérant néanmoins qu’il s’agit d’une «bonne nouvelle».

Des dérapes

SAGIR

Ce mégaprojet devait coûter 83 millions $ et la facture dépassera 1 milliard $. Le tiers des consultants privés ont été remerciés durant la dernière année. Martin Coiteux a demandé une vérification indépendante.

Informatisation de la Santé

Ce projet inclut le Dossier santé Québec (DSQ). Les coûts prévus ont presque triplé et atteindront 1,6 milliard $ avec une décennie de retard. Les Québécois paieront 979 millions $ pour les dépenses informatiques en santé en 2015. C’était près de 300 millions $ il y a 10 ans. Le privé a tellement pris le contrôle dans le DSQ que seulement 6 % de la facture a servi à payer les fonctionnaires dans le projet. La majorité a servi à payer des consultants privés.

Sentinelle

Ce projet du ministère de la Sécurité publique devait se terminer en 2007 et il est revenu à la case départ cette année. 40 millions $ se sont envolés en fumée. Un des gestionnaires du projet au ministère a été arrêté par l’UPAC deux fois pour fraude.

*En 2011, le gouvernement de Jean Charest a annoncé vouloir ajouter 970 nouveaux postes au ministère des Transports (MTQ). C’était pour donner suite au rapport Duchesneau, avec l’Unité anticollusion, qui faisait état de la dépendance du MTQ au privé et la perte de l’expertise interne, exactement comme le reconnaît le gouvernement actuel avec l’informatique. Quatre ans plus tard, le MTQ avait seulement réussi à embaucher plus de 500 nouveaux fonctionnaires.

L’informatique au gouvernement du Québec:

  • 10 M$ Ce que coûte, en moyenne par jour, aux Québécois, les dépenses du gouvernement provincial en informatique
  • 3,5 G$ Budget annuel :
  • 4800 Le nombre de fonctionnaires
  • 3000 Le nombre de consultants privés

Rémunération

39% de l’enveloppe pour payer les 4800 fonctionnaires

61% de l’enveloppe pour payer les 3000 consultants privés

Dans 14 ministères ou organismes différents, des consultants privés coûtent entre 150 et 375 $ l’heure

*En incluant les avantages sociaux, un informaticien dans la fonction publique coûte deux fois moins cher qu’un consultant privé pour le gouvernement, selon le vérificateur général du Québec