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Le partage des richesses

On peut l’avouer, le ski n’est pas le sport familial le plus abordable

Le partage des richesses
illustration, beoit tardif

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Bonjour tout le monde. On ne s’est pas vu de l’été. Vous m’avez manqué.

Bonjour tout le monde. On ne s’est pas vu de l’été. Vous m’avez manqué.

J’ai été occupée à parcourir le monde et à quêter les chalets de tous les gens que je connais. Oh oui, je me suis fait piquer par toutes les espèces de moustiques existantes, j’ai laissé l’humidité gagner sur mes cheveux (bonjour l’afro) et j’ai fini par me tremper le pied dans l’eau trop froide de la côte ouest en risquant une engelure fatale.

J’ai aussi trop mangé, trop bu et trop pleuré dans un village français. Ne vous ­inquiétez pas, ce ne sont pas les cousins ­français qui m’ont causé du tort, c’est mon frérot qui se mariait avec une fille de l’autre côté de l’Atlantique. Magnifique mariage digne de Pinterest, j’ai failli faire exploser mon compte Instagram.

Je me suis dit que cet été serait une belle occasion de commencer des chroniques ­touristiques. Je croyais vous revenir de ­vacances avec un top 10 des meilleurs vins français ou un guide-conseil sur «quoi faire au chalet quand il pleut et qu’y’a pas de maudit WiFi».

Mais non. Ce n’est pas là qu’elle est apparue ma chronique. Elle était chez moi, dans le Bas-du-Fleuve, dans mon village natal. Elle m’est sautée dessus alors que j’avais les deux pieds dans l’herbe longue au sommet de la Côte des chats.

L’inspiration

Sur le belvédère de St-Pacôme, sous mes yeux, se trouvait la pente de ski de mon enfance. Et je me suis trouvée chanceuse, d’avoir eu dans mon petit village, un endroit ou pratiquer ce sport hivernal.

Elle est fermée présentement. Elle était désuète. Je regardais les infrastructures en me disant que rien n’avait changé depuis des années. Qu’il était peut-être temps de la laisser aller, de laisser la nature de la montagne gagner sur les pentes déboisées.

Ce n’est pas la plus haute montagne. Ce n’est pas le Mont-Tremblant, ni le Mont-St-Anne, ni les Rocheuses. Elle n’est pas entourée d’un million de restaurants, de boutiques, de bars, de condos et de chalets de toutes sortes. Mais si je sais skier aujourd’hui, c’est grâce à elle.

Parce que sans elle, mes parents n’auraient jamais fait une heure de route chaque fin de semaine, payé des billets de saisons, des équipements à chacun de leur enfant, louer des condos de ski pour nous héberger.

Pas qu’on était pauvres. Pas qu’on voulait pas. Mais on peut l’avouer, le ski n’est pas le sport familial le plus abordable.

Alors pourquoi sauver cette petite station de ski, hein? Alors qu’il y en a de plus grosses, de plus performantes, de plus adéquates? Pourquoi entretenir ces petites pentes qu’on descend en 3 minutes et qu’on répète à l’infini.

Pourquoi est-elle importante?

Parce qu’elle est là. Au beau milieu du Bas-St-Laurent, où des familles, des enfants, des ados, des adultes, peuvent pratiquer un sport couteux, qui demande du temps, du déplacement, des coûts faramineux et auquel une espèce de culture se rattache. La villégiature, l’après-ski sur le bord du feu, la nouvelle tuque, l’équipement à la fine pointe de la technologie.

Accessibilité

Mais si on pouvait réussir à faire survivre ces petites stations modestes, en les gardant accessibles, peu coûteuses, auxquelles on peut accéder rapidement, le temps d’un ski de soir, sans se ruiner, sans y passer la fin de semaine, seulement pour en profiter, bouger, sentir le vent froid nous geler la face, apprendre à ses enfants à descendre sans foncer dans un sapin, à rire de ceux qui font encore du chasse-neige... Et bien ça crée des gens comme moi.

Des filles et des garçons qui autrement n’auraient jamais fait de ski.

Mais qui ont appris simplement.

Et qui maintenant, peuvent louer un chalet, s’acheter un équipement, et rentabiliser et assurer le succès, des grosses montagnes entourées de restaurants.