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Millénium 4: Le roman du roman

Millénium 4 – Ce  qui ne me tue pas,  David Lagercrantz, Aux Éditions Actes  Sud, 482 pages
Photo Courtoisie Millénium 4 – Ce qui ne me tue pas, David Lagercrantz, Aux Éditions Actes Sud, 482 pages

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La parution de Millénium 4 est-elle un coup d’éclat ou un coup de cochon? Les trois premiers tomes, écrit par le journaliste Stieg Larsson, se sont vendus à plus de 70 millions d’exemplaires dans le monde.

«Tu vas voir, c’est notre fonds de pension, ces livres-là», avait-il dit à sa compagne de toujours, Eva Gabrielsson, avec qui il vivait depuis 32 ans.

Malheureusement, l’auteur n’a pas connu la gloire ni la richesse. Il est mort avant la publication du premier tome, en grimpant l’escalier qui l’amenait chez lui, au sixième étage. Il avait 50 ans.

Stieg Larsson était un journaliste militant qui traquait les réseaux d’extrême droite et dénonçait le racisme et les injustices du gros Capital. Et si Eva était son amour depuis l’âge tendre de ses 18 ans, ils ne s’étaient jamais mariés, c’était à la fois pour la protéger et puis aussi parce que, ben, le mariage officiel, c’est un peu conservateur. Et quand on est progressiste...

Donc, Stieg est mort. Et ses livres se sont envolés, et pendant quelques années, de 2005 à 2010, en gros, Stieg Larsson a été l’Auteur du moment. Le chouchou (décédé) de la planète livres.

Et les millions de dollars sont arrivés. Des dizaines de millions. Des centaines. La maison d’édition croulait sous le fric. Mais pas l’auteur, puisqu’il est mort. Or, selon les lois misogynes toujours en vigueur dans nombre de pays «civilisés», malgré qu’elle a été la compagne de Stieg, et son amour et son partenaire pendant toute leur vie adulte, Eva Gabrielsson n’avait droit... à rien.

Ce sont le père et le frère qui héritent de tout, malgré des différents (politiques, entre autres) qui les avaient éloignés, si bien qu’ils s’étaient à peine vus une poignée de fois depuis que le petit Stieg avait quitté la maison en claquant la porte.

Combat juridique et tutti quanti. Pour la faire taire, le père et le frère offrent à Eva 2 millions et demi, qu’elle refuse, parce qu’elle a des principes et pas eux.

Cupidité

Et voici la preuve qu’ils n’ont pas de principes. Dix ans après la sortie du premier Millénium, voici le quatrième tome qui paraît. Allez savoir pourquoi, la maison d’édition connaissait des difficultés financières. Alors, avec la complicité cupide du père et du frère de Stieg Larsson, ils ont engagé un auteur dont le succès a consisté à la co écriture de la biographie d’un joueur de soccer, et ils lui ont demandé de continuer l’œuvre. La semaine dernière, ce Millénium 4 a été publié simultanément dans 25 pays avec un tirage initial de près de 3 millions d’exemplaires...

Et alors? Ben, c’est l’œuvre plate d’un auteur de biographie de footballeur, qui a copié certains trucs de Stieg Larsson mais n’a pu copier son talent. C’est un ouvrage laborieux, confus, répétitif. C’est mal raconté, mal pensé, mal écrit et mal traduit, quant à sa version française.

Certes, on voulait revoir les merveilleux personnages de Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander, mais les retrouvailles, ici, tiennent du cadavre au salon funéraire. C’est pas très ressemblant, malgré tout le maquillage, et surtout ça ne respire pas.

Certains appellent au boycott de Millénium 4 parce que ce livre est le pur produit d’une cupidité sans nom.

C’est vrai que les raisons pour lesquelles il existe sont assez ignobles.

Mais le résultat, lui, est juste sans aucun intérêt.