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Les avocats québécois sont-ils tombés sur la tête?

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De Gaulle a déjà dit que la guerre était une chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls militaires. Les avocats québécois, eux, sont en train de faire la démonstration que la justice ne peut être laissée à leur seule garde.

De Gaulle a déjà dit que la guerre était une chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls militaires. Les avocats québécois, eux, sont en train de faire la démonstration que la justice ne peut être laissée à leur seule garde.

Les citoyens assistent depuis des semaines à un chassé-croisé surréaliste d’accusations, de poursuites et de contre-poursuites relativement à la suspension par le Conseil d’administration du Barreau de la bâtonnière récemment élue, Mme Lu Chang Khuong.

Cela à la suite de la révélation que cette dernière aurait bénéficié de la déjudiciarisation de dossiers de vol à l’étalage au magasin Simons.

Approche exclusivement juridique

Parce que MmeKhuong bénéficie de la présomption d’innocence dans des affai­res où elle n’a fait l’objet d’aucune accusation, on ne nous parle que de considérations juridiques: droits de la bâtonnière, éléments qui auraient dû rester privés, chartes à respecter, etc.

Sans parler de ceux qui laissent entendre que la suspension de MmeKhuong ne serait pas étrangère au fait qu’elle est la compagne de l’ancien ministre de la Justice Marc Bellemarre.

La bâtonnière a récemment reçu l’appui d’une forte majorité d’avocats lors d’une assemblée réunissant 1000 d’entre eux. S’ils sont représentatifs, il y a de quoi se demander si les avocats québécois ne sont pas tombés sur la tête.

Car ne semblent compter pour eux que les aspects juridiques du dossier et les droits individuels de la bâtonnière, sans considération pour l’essentiel: la responsabilité et le mandat du Barreau quant à la défense de l’intérêt public.

On passe sous silence le doute sérieux qui s’est installé dans la tête de tout

citoyen un tant soit peu informé de l’affai­re quant au comportement d’une élue occupant une fonction en partie politi­que. On parle d’une des principales représentantes de la justice au Québec, quelqu’un dont la réputation impeccable est une condition préalable pour faire son travail.

Doute chez les citoyens

Cela est évidemment injuste pour la bâtonnière, qui a droit à la présomption d’innocence. Il n’en demeure pas moins que les apparences constituent un facteur crucial dans ce domaine. Un facteur reconnu par le droit même, dont l’une des maximes est qu’il ne suffit pas que justice soit rendue, mais qu’il faut également qu’elle ait l’air de l’être.

Comment les citoyens n’auraient-ils pas un doute sérieux quant à l’aptitude de la bâtonnière à exercer sa fonction quand ils ont lu qu’il y avait deux dossiers la concernant chez Simons? Quand on leur a dit que la déjudiciarisation dont elle a bénéficié n’est intervenue qu’après que le procureur eut été moralement convaincu qu’il y avait matière à poursuite?

À tout le moins, une nouvelle élection s’impose pour que les avocats puissent choisir qui les représentera en toute connaissance de cause.

Et s’ils rechoisissent celle qui est devenue Lu Chang Simons Khuong pour bien des citoyens peu enclins à la banalisation du vol à l’étalage, les avocats québécois auront fait la démonstration que le Barreau est une institution corporatiste privilégiant une approche exclusivement juridique au détriment de l’intérêt public.

Le simple bon sens exige que la direction du Barreau soit confiée à une personne au-dessus de tout soupçon.

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