/misc
Navigation

J’ai retrouvé ma face

J’ai retrouvé ma face
Photo Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

Je l’avais ­perdue, je ne sais plus où. Peut-être entre un tube de mascara waterproof qui ne quitte jamais vraiment mes cils et du cache-cerne qui me donne ­toujours l’air d’avoir dormi dix heures d’affilée.

Je l’avais ­perdue, je ne sais plus où. Peut-être entre un tube de mascara waterproof qui ne quitte jamais vraiment mes cils et du cache-cerne qui me donne ­toujours l’air d’avoir dormi dix heures d’affilée.

Jusqu’à ce que je saute dans un lac.

J’ai laissé l’eau s’occuper de mes cheveux, le soleil, de mon teint et le chant des oiseaux être le seul gazouilli de mon week-end, ­habituellement bombardé des cuis-cuis de Twitter et compagnie.

Je ne vous ferai pas l’apologie de la journée sans maquillage, de la simplicité volontaire et du shampooing fait maison avec du vinaigre balsamique. Et non, je ne vais pas lancer un foutu livre «Le bonheur c’est de vivre avec huit branches d’arbres et du jus d’écorce de bouleau à chaque matin». Oh non madame! J’en ai déjà plein mon casque de me faire bombarder de jus verts et de quinoa sur Instagram, alors je ne vais pas commencer à dire que le bonheur passe par sauter dans un lac glacial à la tombée du jour.

Et qui suis-je, derrière tout ce flafla ? Le lac allait me le dire. Alors j’ai sauté dedans et j’ai observé la fille qui en est ressortie

Mais je peux vous partager mon expérience de madame qui a enlevé son fond de teint le temps d’un long week-end.

La pression des tendances

Mais d’où me vient cette pression, ­exactement? Est-ce que je me maquille ­depuis trop longtemps? Est-ce le fait d’avoir une carrière publique? Est-ce le fait d’être bombardée de photos de filles maquillées, avec le «contouring» et ­l’application qui fait blanchir les dents et enlève les boutons?

Je ne sais pas si c’est parce que je ne veux pas embarquer dans la mode frénétique, incessante, quotidienne du «look du jour», du «nail-art de la semaine», du rouge à lèvres à la mode pour l’heure qui suit, du chapeau «à absolument se mettre sur la tête pour les huit prochaines ­secondes». Je ne sais pas si c’est en train de me rendre folle de n’avoir ni l’intérêt ni le talent pour embarquer dans la course à la plus cool, mais je sais que c’est un jeu ­auquel je ne peux pas gagner.

C’est peut-être juste que j’haïs magasiner, que je me ronge les ongles sans arrêt et que mon pire cauchemar est de passer une ­journée à faire mon propre granola. Je ne suis pas anti-tendance par conviction ou par condescendance, je suis juste inadéquate.

Alors pourquoi ce désir de me modifier la face – chaque maudit centimètre carré, au quotidien?

Et qui suis-je, derrière tout ce flafla? Le lac allait me le dire, je le sentais. Alors j’ai sauté dedans et j’ai observé la fille qui en est ressortie.

J’ai laissé mes cheveux sécher à l’air libre. Une montagne de boucles incontrôlables est apparue. Vous ne le saviez peut-être pas: mes cheveux ne sont ni longs, ni raides.

J’ai retrouvé mes yeux. Ils n’étaient plus cachés derrière mes longs cils noirs recouverts de mascara. J’ai retrouvé la forme de mon visage, sans touche de lumière ni poudre bronzante qui le découpe, le perfectionne, le modifie.

Et oui. Elle était là, ma face. Je me suis regardée dans le miroir et j’y ai aperçu...

La petite fille que j’étais.

Je voyais enfin tout ce que je cache au quotidien. Et qu’en fait, je suis comme toutes les autres filles. Qui veulent des cheveux parfaits. Un teint impec. Les cils qui font des vava-voum.

Je m’étais convaincue que j’étais une brunette aux cheveux longs avec un regard perçant. Mais non. Je suis une petite face carrée cachée derrière un afro disjoncté.

La petite aux cheveux ébouriffés cachée sous son attirail du quotidien, elle ne refuse pas qu’on l’enjolive, elle craint juste d’être oubliée.

Retour à la normale

En revenant du bois, les cheveux sales, frisés, avec la repousse la plus apparente de tous les temps, je suis débarquée d’urgence chez le coiffeur.

Et après un bon lavage et une mise-en-plis de princesse, au lieu de me trouver normale, banale, ordinaire... je me suis juste trouvée...plus belle que d’habitude.

À votre tour.

Allez-y pendant qu’il fait encore beau. Sautez dans le lac. Et voyez, ce qui va en sortir.

 

Brèves

Vous désirez réagir à ce texte dans nos pages Opinions?

Écrivez-nous une courte lettre de 100 à 250 mots maximum à l'adresse suivante:

Vous pouvez aussi nous écrire en toute confidentialité si vous avez de l'information supplémentaire. Merci.