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Merkel, Harper et les réfugiés syriens

Syrian migrants run after crossing under a fence as they enter Hungary, at the border with Serbia, near Roszke
Photo Bernadett Szabo / Reuters

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Autant l’attitude de Merkel durant la crise grecque avait rebuté, autant l’ouverture dont elle fait preuve à l’égard des réfugiés syriens force le respect par sa générosité pragmatique. L’Allemagne, sous sa gouverne, aura donné l’exemple d’un accueil à la fois généreux et fonctionnel de ces désespérés fuyant à la fois le  totalitarisme sanglant et l’intégrisme barbare. On ne saurait en dire autant du Canada de Harper.

Non seulement l’Allemagne a-t-elle accueilli à bras ouvert des dizaines de milliers de réfugiés en une seule fin de semaine, mais elle l’a fait en relocalisant ces demandeurs d’asile à partir des besoins et de la situation économique des régions du pays. Elle a réussi à organiser la relocalisation de ces familles accablées, épuisées et souvent en état de choc dans le calme et en créant, malgré les extrémistes de la droite raciste, un climat de bienvenue amical et humain. On ne pouvait que s’émouvoir devant tous ces petits et grands gestes d’encouragement de centaines de citoyens venus lancer des vivats à ces migrants forcés à leur arrivée à Berlin.  L’Allemagne aura accueilli plus de 800000 réfugiés en 2015, une véritable leçon faite à l’Union européenne incapable de s’entendre sur un maigre plan d’intégration de 160000 réfugiés.

Cette générosité n’est bien sûr pas dénuée d’intérêt. Comme l’affirmait Saul Alynsky dans son Petit manuel de l’animateur communautaire : « Nul n’est gardien de son frère autrement que pour ses propres intérêts ». Parfaitement et tristement humain. L’Allemagne fait face à un problème de dénatalité persistant et à un vieillissement accéléré de sa population. L’afflux massif de réfugiés pourrait contribuer à atténuer ces problèmes. De même, elle a besoin de main d’oeuvre avec un taux de chômage qui dépasse à peine les 6%.

Elle a aussi depuis longtemps besoin de réhabiliter son image de nation guerrière, dominatrice et intraitable surtout suivant ce qu’elle a suscité comme indignation à l’occasion de la crise grecque. En ouvrant ses frontières à cette vague de réfugiés, elle fait la démonstration que l’on peut contribuer réagir à la crise syrienne autrement que par des stratégies guerrières dont se réclame le premier ministre du Canada. Car c’est tout ce qu’a d’abord trouvé à proposer Stephen Harper à celles et ceux qui, comme le Québec, réclame d’Ottawa plus de flexibilité et plus de rapidité dans le traitement des demandes d’asiles ou de parrainage de réfugiés syriens. La solution selon Harper se trouverait dans une intervention militaire plus musclée en sol syrien ce qui, toujours selon lui, endiguerait le flux migratoire d’une population assiégée de toutes parts. Rien pourtant dans l’histoire récente de ce conflit vient soutenir ce point de vue guerrier alors que les factions armées pro-Assad, les factions révolutionnaires ou les factions rebelles s’entretuent, tuent, violent et mutilent les civils à qui mieux mieux sans que l’on voit le moindre commencement de la fin ce ces atrocités. Ce cowboy ne démontera jamais de son étalon idéologique du bon et du méchant à moins qu’il n’y soit forcé par les sondages électoraux. Il dira alors mollement qu’il est prêt à des ajustements.

Le Québec qui peine pourtant à se retrouver économiquement fait un effort remarquable d’ouverture à l’égard des réfugiés syriens comme il le fit jadis à l’égard des boat people vietnamiens. L’efficacité de ses démarches tient cependant à la bonne volonté d’Ottawa qui détient entièrement le pouvoir d’examiner les demandes d’asile. L’approche au compte-gouttes pratiquée par le fédéral en ce domaine n’a rien pour rassurer. Alors que plus de 70% des québécois se montrent favorables à une ouverture d’accueil plus grande envers les réfugiés syriens, il y aura toujours un ineffable Blaney pour affirmer que les valeurs conservatrices sont québécoises. Pitoyable.