/sports/others
Navigation

Soleil colombien sur Grande Allée

Rigoberto Urán remporte la sixième présentation de l’événement devant une foule en liesse

Coup d'oeil sur cet article

Rigoberto Urán a apporté sa touche colombienne au soleil plombant sur Grande Allée vendredi, s’adjugeant la première place du sixième Grand Prix cycliste de Québec, qui s’est joué encore une fois sur une finale enlevante.

On attendait le champion du monde en titre, le Polonais Michal Kwiatkowski, ou encore le Français Julian Alaphilippe, mais c’est plutôt un Colombien de la même équipe belge Etixx-Quick Step, surtout reconnu pour ses aptitudes de grimpeur, qui s’est arraché du peloton rugissant à quelque 700 mètres de l’arrivée. En résistant à l’assaut derrière lui dans le faux plat montant depuis le Château Frontenac, Urán nous a rappelé à sa façon qu’il a tout de même été vice-champion olympique de la course en ligne aux Jeux de Londres.

«Nous avons une grande équipe, entre autres avec des gars comme Martin [Tony] et Kwiatkowski, alors on pouvait attendre jusqu’à la fin pour appliquer une tactique intelligente. C’est dans le dernier kilomètre que tout allait se jouer», a expliqué en langue espagnole le gagnant, qui avait terminé troisième sur ce même parcours en 2011.

«Des fois, un gars a moins de pression dans une équipe. Plus relaxe, il a saisi sa chance. Ettix avait une grosse équipe de toute façon. Que ce soit lui ou un autre, ils avaient plusieurs cartes», a commenté le Québécois Hugo Houle, peu surpris de la victoire du Colombien de 28 ans.

Houle: «Pas la superforme»

Avec trois tours à écouler sur ce circuit de 16 kilomètres, Houle a fait sa première véritable apparition de la journée. Sur les plaines d’Abraham, il s’est extirpé du groupe de poursuivants dans l’espoir de revenir sur ce qui restait de l’échappée.

«Avec le vent, c’était assez dur, mais je me suis dit: je vais y aller, tant qu’à attendre. Après, j’étais un peu cuit, mais j’ai essayé de contribuer pour aider à placer ensuite nos gars sur le boulevard Champlain», s’est justifié le coureur d’AG2R La Mondiale.

«Honnêtement, durant le dernier tour, je n’étais pas capable d’aller plus vite. Je n’étais pas dans une superforme aujourd’hui [vendredi], j’en avais juste assez pour faire ce que j’avais à faire. En espérant que ça va débloquer à Montréal», a-t-il ajouté en prévision de la course de dimanche sur le mont Royal.

Boivin: «Ça a été dur»

L’autre Québécois impliqué dans le match, Guillaume Boivin, vivait sa première course à ce niveau depuis un an. Après avoir perdu son emploi dans une équipe du World Tour durant l’entre-saison, à la suite de la fusion des équipes Cannondale et Garmin, il a dû se rabattre sur l’équipe américaine de troisième division Optum Kelly Benefit. Invité aux courses de Québec et Montréal par l’équipe canadienne, ce qu’il a vu de lui l’a rassuré.

« Mon premier objectif était d’être encore dans la course sous la flamme rouge [à 1 km]. J’ai manqué de jambes à la fin, mais pour ma première course à ce niveau en un an, ce n’est pas si mal», a partagé le coureur de 26 ans.

Témoins du supplice

On a compris vendredi pourquoi elle s’appelle la côte de la Montagne. Si elle est perçue comme une simple côte pour ces cyclistes professionnels, elle devient toutefois une montagne quand ils la gravissent pour une 16e fois en cinq heures.

Signe du supplice que ce «mur» du Vieux-Québec a imposé, c’est là qu’on trouvait la principale concentration de spectateurs le long du parcours. Des cyclistes du dimanche, des familles avec des poussettes ou des plus connaisseurs, ils avaient tous repéré le segment idéal pour mieux apprécier le jeu des acteurs. Un peu aussi – surtout – pour mieux les voir souffrir.

«On est bien mieux ici. Au moins, on les voit passer pendant 10 secondes. Ailleurs sur le parcours, ça dure juste trois secondes!», affirmaient MM. Gravel et Roy, deux mordus qui ont fait la route depuis Thetford Mines, mais qui ont refusé de révéler leurs prénoms.

«Ne mettez pas notre nom au complet dans le journal parce que Régis Labeaume ne sera pas content de nous. Vous lui direz qu’il manque de toilettes. On est bien assis ici, mais la toilette est loin en titi», estimaient les deux hommes, qui avaient prévu leurs chaises de parterre et leurs sacs à lunch.

«La meilleure place»

Avec un dénivelé de 10 % sur 200 mètres et d’un autre de 13 % sur 165 mètres, la côte de la Montagne a causé des dommages liés à l’usure. C’est ici que les curieux pouvaient mieux mesurer le travail des sept braves qui ont ourdi une échappée dès le début de la course, dont le jeune Adam De Vos et Ryan Roth de l’équipe canadienne, et qui se sont donné presque neuf minutes d’avance sur le peloton après 30 kilomètres de course.

C’était aussi le meilleur endroit, par contre, pour assister à leur rôtissage à petit feu. Comme prévu, tout était déjà avalé avec deux tours à jouer.

«C’est la meilleure place pour voir tout l’effort», résumait Jean Mathieu, ex-enseignant d’éducation physique âgé de 73 ans, qui avait déjà déplié sa chaise deux heures avant le premier passage des cyclistes.

Prétexte pour fraterniser

Avec Normand Morneau, tous deux de Lévis, ils occupent le même espace de trottoir depuis la première édition en 2010. Ce coin de la souffrance pour les cyclistes est devenu leur prétexte pour fraterniser avec d’autres spectateurs. À chaque édition, ils retrouvent Jean-Pierre Petelle, venu de Saint-Basile-le-Grand, et qui avait squatté le boulevard Champlain pour y passer la nuit dans son «campeur motorisé».

«On essaie de se faire le plus discret possible pour ne pas se faire remarquer. Quand j’entre dans mon campeur le soir, je n’allume pas la lumière!» nous dit-il.