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«La sécurité était très importante pour lui»

Le travailleur qui a chuté de l’estacade du pont Champlain ne craignait pas pour sa sécurité

Dominique Nantel et Dany Cléroux devaient se marier très prochainement. L’homme de 44 ans est tombé mardi d’une passerelle suspendue sous l’estacade du pont Champlain.
Photo Facebook Dominique Nantel et Dany Cléroux devaient se marier très prochainement. L’homme de 44 ans est tombé mardi d’une passerelle suspendue sous l’estacade du pont Champlain.

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Celle qui devait se marier avec le travailleur qui a perdu la vie lorsqu’une plateforme s’est détachée de l’estacade du pont Champlain, mardi, assure que ce dernier n’a jamais remis en cause la sécurité sur le chantier. 
 
«La sécurité était très importante pour lui. Il me disait que c’était adéquat à ce niveau-là. Il faisait très attention parce qu’il se donnait toujours à cent pour cent dans son travail», a témoigné au Journal sa veuve Dominique Nantel, mercredi matin. Elle devait se marier avec lui dans les prochaines semaines. 

Dany Cléroux, 44 ans, travaillait comme manœuvre pour le Groupe TNT lorsque le tragique accident s'est produit. Il effectuait une manœuvre de déplacement de la plateforme qu’ils avaient utilisée avec ses collègues pour réaliser les travaux.

Dany Cléroux, 44 ans, travaillait pour le Groupe TNT lorsque le tragique accident s'est produit. Il effectuait alors une manœuvre pour déplacer une plateforme sur laquelle s’étaient tenus les employés. Ils venaient de terminer les rénovations nécessaires sur cette portion.
Dominique Nantel et Dany Cléroux devaient se marier très prochainement. L’homme de 44 ans est tombé mardi d’une passerelle suspendue sous l’estacade du pont Champlain.
Photo Facebook
 
Pour une raison encore inconnue, la plateforme a basculé et le contremaître est tombé dans l’eau. 
 
La Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST) enquêtait toujours pour savoir s’il s’agissait d’un problème de matériel ou de sécurité sur le chantier, mercredi. Elle essayait également de savoir si M. Cléroux avait attaché son harnais à une partie de la plateforme qui serait tombée ou s’il ne l’avait pas attaché du tout. Mme Nantel ignorait toujours les circonstances de l'accident, de son côté.
 
Le contremaître travaillait depuis une dizaine d’années pour le Groupe TNT. «Il adorait l’ambiance. Il disait que c’était une belle gang», indique Dominique Nantel.
 
Lui qui avait été affecté aux travaux d’égout pendant des années venait de commencer à travailler sur les grands chantiers. 
 
«Il était vraiment content, dit Mme Nantel. Il adorait son travail.»
Dominique Nantel et Dany Cléroux devaient se marier très prochainement. L’homme de 44 ans est tombé mardi d’une passerelle suspendue sous l’estacade du pont Champlain.
Photo Facebook
 
Un « Très bon papa »
 
Sa conjointe a appris la triste nouvelle par l’intermédiaire d’amis et collègues de Dany Cléroux qui avaient été appelés sur le chantier pour confirmer son identité. La Sûreté du Québec est aussi venue la rencontrer en fin d’après-midi.
 
Le choc a été extrême. «C’était l’homme de ma vie. C’était un partenaire extraordinaire, un gars de cœur», confie-t-elle la gorge nouée.
 
Elle pense aussi à la fille de 16 ans qu’il avait eue d’une précédente union et qu’il laisse derrière lui ainsi que la sienne, du même âge. «Il ne faisait pas de différence entre les deux. C’était un très bon papa. Il s’occupait beaucoup de nos filles. Il était très attentionné à la maison.»

Des plateformes peu aimées des travailleurs

Accident de travail sous l'estacade du pont Champlain.
Dominique Nantel et Dany Cléroux devaient se marier très prochainement. L’homme de 44 ans est tombé mardi d’une passerelle suspendue sous l’estacade du pont Champlain.
Photo Agence QMI, Maxime Deland
Certains employés sur le chantier de l’estacade du pont Champlain ont remis en question la stabilité des plateformes de travail, au lendemain du décès d’un des leurs.
 
«Ce n’est pas étonnant que ça arrive. Ce sont de vieilles [plateformes]. Quand il y a un poids lourd qui passe, ça brasse comme dans un manège», indique un travailleur qui préfère ne pas s’identifier de peur de perdre son travail. Il assure qu’il ne travaillera plus sur l’estacade par «manque de confiance dans les équipements».
 
La mine grave
 
Un autre employé confirme lui aussi que ces plateformes ne «sont pas pratiques pour travailler».
 
Pendant que la CSST enquêtait sur les circonstances de l’événement, de nombreux employés ont repris le travail la mine basse, mercredi sur  les chantiers. 
 
«Ça a été un choc pour nous d’apprendre ce qui était arrivé. Dany, c’était un collègue extrêmement gentil. Il était toujours là quand on avait besoin de lui», indique un de ses collègues. 
 
Un autre abonde dans le même sens. «C’était une légende dans le milieu de la construction. Il était très professionnel et fidèle. Il n’hésitait pas à lever la voix pour défendre les plus faibles», indique-t-il. 
 
Inquiet pour la sécurité
 
Tous ses collègues s’entendent pour dire que le travailleur ne badinait pas avec sa sécurité.
 
«Il mettait toujours son harnais, ses lunettes et ses gants. Il faisait attention, pour lui et ses hommes», indiquent-ils. 
 
Si la plupart des employés estiment que leur firme ne prend pas la sécurité à la légère, la FTQ-Construction donne un tout autre portrait de l’industrie. «Encore trop d’entreprises voient la sécurité comme un coût, alors que ça ne devrait plus être le cas en 2015», se désole Yves Ouellet, directeur général.
 
Un ancien employé du Groupe TNT n’hésite pas d’ailleurs à décrier les façons de faire.  «Beaucoup acceptent des conditions qui pourraient être dangereuses de peur de ne pas être rappelés», dit-il. 
 
Le 20 août dernier, un autre employé du même groupe a fait une chute de 10 mètres sur le chantier de démolition de l’autoroute Bonaventure. Sa vie n’était toutefois pas en danger.