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L’ADN centralisateur du NPD

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Il est trop tôt pour savoir si le désir d’une claire majorité de Canadiens de se débarrasser des conservateurs se réalisera. Le grand handicap que constitue la division de l’opposition entre deux grands partis continue à jouer en faveur du gouvernement.

Il est trop tôt pour savoir si le désir d’une claire majorité de Canadiens de se débarrasser des conservateurs se réalisera. Le grand handicap que constitue la division de l’opposition entre deux grands partis continue à jouer en faveur du gouvernement.

Cela est évident ces jours-ci, alors que les libéraux de Justin Trudeau ont rejoint les néo-démocrates de Thomas Mulcair dans les sondages, sans qu’on sache si l’un des deux partis sera capable de se démarquer comme seule alternative réaliste aux conservateurs.

Argument pour Duceppe

On parle pour le Canada anglais évidemment, étant donné qu’un vote des francophones québécois pour le parti de Justin Trudeau – le fils de l’autre! – reste improbable. Une décrédibilisation du NPD comme remplaçant possible du gouvernement donnerait cependant un argument à Gilles Duceppe qui en a bien besoin.

Pourquoi voter pour des néo-démocrates ne pouvant plus remplacer ces conservateurs que les souverainistes progressistes ont en horreur, en plus de ne pas défendre les intérêts québécois, comme le Bloc l’a fait durant deux décennies?

Le NPD manque effectivement de crédibilité pour défendre l’autonomie du Québec au sein du Canada, de même que ce fédéralisme décentralisé auquel les francophones ont toujours tenu

Si l’on peut douter que ce discours empêche une déroute bloquiste, le NPD manque effectivement de crédibilité pour défendre l’autonomie du Québec au sein du Canada, de même que ce fédéralisme décentralisé auquel les francophones ont toujours tenu.

Jusqu’à récemment, le NPD était un parti essentiellement canadian, sans racines francophones, appuyant depuis toujours un gouvernement fédéral interventionniste, un parti aux réflexes plus centralisateurs que les conservateurs, mais aussi les libéraux.

La situation n’a pas vraiment changé depuis que la majorité des députés néo-démocrates sont devenus québécois en 2011. Au sein de la députation du parti, il n’existe pas de caucus québécois travaillant à adapter le nouveau choix fédéral des francophones aux exigences de notre société distincte.

Garderies, villes, Sénat

M. Mulcair est un ancien ministre libéral provincial qui connaît le Québec et s’oppose à la loi sur la clarté quant au pourcentage de voix requis pour faire l’indépendance. Il n’en reste pas moins que dans trois dossiers importants – les garderies, le Sénat, les villes – les néo-démocrates favorisent la centralisation.

Le réseau de garderies publiques, que les néo-démocrates envisagent pour le Canada, est révélateur de leur vision d’un gouvernement fédéral actif dans les champs de compétence provinciaux. Le fait que le Québec dispose déjà d’un tel réseau, ayant servi d’inspiration au projet néo-démocrate, rend cependant difficile l’imposition des vues fédérales dans le secteur au-delà d’une certaine limite.

Deux autres éléments du programme néo-démocrate font problème pour qui croit en un pouvoir québécois fort au sein du Canada. Tout d’abord, l’intention de créer un ministère fédéral des Affaires urbaines, comme à l’époque du libéral André Ouellet dans le cabinet de Trudeau père, à la fin des années 1970.

Rappelons que les institutions municipales sont constitutionnellement de compétence provinciale exclusive: avec la santé et l’éducation, les villes constituent la base du pouvoir québécois enraciné sur le territoire.

Si populaire soit-elle enfin, la promesse néo-démocrate d’abolir le Sénat est complètement irréaliste, ne pouvant se faire sans l’accord entre autres du Québec.

Ce dernier ne poussera sûrement pas le masochisme jusqu’à renoncer à l’une des seules institutions susceptibles de compenser, au cœur du pouvoir législatif fédéral, le recul démographique québécois.

 

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