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L’américanisation du Canada

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Il est un thème qui est bizarrement absent de la campagne électorale fédérale, même s’il est majeur et pourrait servir d’angle d’attaque aux libéraux et aux néo-démocrates contre le gouvernement conservateur de M. Harper auquel on peut l’associer.

Il est un thème qui est bizarrement absent de la campagne électorale fédérale, même s’il est majeur et pourrait servir d’angle d’attaque aux libéraux et aux néo-démocrates contre le gouvernement conservateur de M. Harper auquel on peut l’associer.

Il s’agit de l’américanisation de la culture politique canadienne, en général pour le pire.

Feu l’intérêt public

Que l’on pense à la longueur interminable de la campagne, parce que les conservateurs y voyaient leur intérêt partisan, sans considération pour les désirs des citoyens et l’intérêt public.

Rappelons que les Américains sont presque toujours en campagne, leurs débats politiques étant intensément partisans et leurs publicités électorales souvent vicieuses.

Les conservateurs en arrivent presque à faire oublier le concept d’intérêt public, avec leur vision segmentée de la politique et leur stratégie électorale groupe par groupe, quand ce n’est pas groupe contre groupe.

Il en résulte qu’il devient plus difficile de parler simplement des «Canadiens et Canadiennes», de s’adresser à eux dans leur ensemble. On le voit avec ces débats spécialisés pour public averti imposés par les conservateurs, dont l’impact sur l’électorat et le danger pour le pouvoir en place ne peuvent être que limités.

Sans parler de l’impact désastreux sur la place du français dans la campagne électorale, comme on l’a vu jeudi avec le seul débat portant sur l’économie tenu exclusivement en anglais sous les auspices du Globe and Mail.

Les conservateurs proposent en grande partie aux Canadiens une vision de leur pays améri­caine et de droite, très axée sur les ristournes financières aux individus.

La politique fiscale des conservateurs est inspirée de modèles américains de droite. Sans oublier que leur politique étrangère est une copie de celle de l’ancien président George W. Bush, avec ses accents guerriers dénoncés par l’ancien premier ministre libéral Jean Chrétien.

Ce dernier s’est cependant abstenu d’invoquer l’argument de l’américanisation à outrance du pays. Il est frappant que les libéraux et les néo-démocrates n’utilisent pas vraiment le nationalisme canadien pour critiquer l’importation, par les conservateurs, de certains éléments moins intéressants de la culture politique américaine.

Anti-américanisme interdit

L’état de cette dernière est objectivement lamentable, à la suite, pour une grande part, de la dérive des républicains dont s’inspirent les conservateurs et dont Donald Trump est la plus récente incarnation.

Le Bloc québécois ne peut se permettre de trop défendre le Canada. Quant à lui, le Canada anglais semble trop américanisé, même dans ses franges libérales et néo-­démocrates, pour pouvoir se payer une bouffée d’anti-américanisme.

À ce sujet, il est difficile de ne pas penser à Lament for a Nation, le livre classique du philosophe canadien-anglais George Grant. Dans la foulée de la défaite électorale du gouvernement Diefenbaker, qui s’était opposé au stationnement de missiles américains au Canada, Grant prévoyait déjà en 1965 la fin du nationalisme canadien au profit du continentalisme nord-américain.

Le parti de M. Harper a porté cette tendance à de nouveaux sommets, alors qu’il semble avoir renoncé au Québec, le point de départ historique du pays, traité à toutes fins utiles comme un ghetto francophone sans intérêt (sauf la région de Québec).

Les conservateurs proposent en grande partie aux Canadiens une vision de leur pays américaine et de droite, très axée sur les ristournes financières aux individus.

Stratégie électorale à l’américaine et division de l’opposition aidant, cela leur fera peut-être gagner l’élection.

 

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