/news/currentevents
Navigation

Pasteur sous enquête: «Mon enfance a été détruite par lui et son Église»

Sad Abused Boy with Anger Shadow
HaywireMedia - Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

«Il encourageait mes parents à me battre chaque fois que c'était nécessaire pour que je sois un bon Chrétien. Mon enfance a été détruite par lui et son Église.»

Ancien fidèle de l’Église évangélique baptiste de Québec-Est, Elliot (nom fictif) a tout de suite su que le pasteur soupçonné d’avoir battu et maltraité plusieurs enfants dans son sous-sol ne pouvait être que le leader religieux qu’il a lui-même connu, alors qu’il était gamin.

«Il était tellement extrême. C’est carrément le gourou, il dirige tout, il impose ce qu’il faut faire à tout le monde. C’était super encadré, on n’avait aucun accès au monde externe. Quelqu’un qui est né là-dedans ne sait pas qu’il y a autre chose qui existe», lance découragé le jeune homme, aujourd’hui âgé de 25 ans et libéré de cette emprise.

Depuis 2000

La Presse révélait mercredi que le pasteur en question faisait l’objet d’une enquête policière pour avoir frappé à coups de poing et privé de nourriture plusieurs garçons qu’il gardait captifs chez lui, à Québec. Ces derniers lui étaient confiés par leurs parents, des fidèles. Privés de tout contact extérieur, ils ne quittaient le sous-sol du jumelé que pour assister aux cérémonies religieuses.

Elliot est familier avec la pratique, lui qui a connu le pasteur alors qu’il n’avait que six ou sept ans, au début des années 2000, après que sa mère et son beau-père se soient joints aux rangs de l’Église évangélique baptiste de Québec-Est. Pendant deux ou trois ans, ils ont fait deux heures de route tous les dimanches pour assister aux sermons du pasteur, à Québec. Puis, ils roulaient pendant deux autres heures pour rentrer à la maison.

«Mes parents sont un peu fanatiques, ils cherchaient toujours quelque chose d’extrême, de contrôlant. Ça leur plaisait bien ce qu’il y avait à Québec. Ils sont considérés comme extrêmes, mais ils sont moins pires que le pasteur, lui, c’était débile», lance-t-il.

Peur

Déjà à cette époque, des gamins de l’Église séjournaient chez le leader religieux. «Il avait un grand sous-sol, il leur faisait l’école à la maison, il les élevait comme un bourreau. C’était incroyable comment il les élevait. Quand tu les regardais, c’était la peur dans leurs yeux qui les faisait avancer», se souvient-il.

Il se rappelle notamment d’un jeune garçon, blême et frêle, qui résidait chez le pasteur. «On le voyait les dimanches à l’Église. Il ne parlait à personne et avait l'air d'un zombie, ses parents l'avaient confié au pasteur pour en faire un bon chrétien. Il avait des plaques, de la croute, du sang sur les mains. Il était maigre. Mais il se tenait comme un soldat et il avait à peu près six ans. Ça faisait peur.»

Son propre frère, son aîné de quatre ans, a gouté à la médecine du présumé bourreau. «Il était rebelle un peu et je l’admirais. Je voulais être comme lui, il m’inspirait. Mais quand on a commencé l’église à Québec-Est, mon beau-père avait décidé de l’envoyer passer du temps chez le pasteur. Il est revenu, un mois ou deux après, il était complètement changé. Il était un parfait Chrétien. Je ne l’ai plus jamais reconnu, j’avais perdu mon modèle», se désole-t-il.

Battu

Elliot n’a jamais été battu ou maltraité par le pasteur. Mais le mal a été fait autrement, lui qui a été frappé à maintes reprises par son beau-père, «encouragé et motivé» par les discours du leader. «Les deux ont un genre de power trip, ils voulaient tout contrôler. Mon beau-père suivait les doctrines et les exemples du pasteur», dit-il.

De ce qu’il se souvient, le pasteur lisait des versets de la Bible et les interprétait pour qu’il devienne clair que les parents devaient toujours ramener les enfants dans le droit chemin. «Et la bonne façon de le faire, c’est en nous frappant. Il parlait même des outils qu’il utilisait. Il vendait des espèces de trucs de caoutchouc pour nous frapper. Mais mon beau-père s’était fabriqué un bâton en bois», lance-t-il, résigné.

La famille d’Elliot a quitté l’Église quelques années plus tard, à la suite d’un différend religieux entre le leader et ses parents, qui se sont trouvés une autre religion «extrême». Les coups n’ont toutefois pas cessé. À 15 ans, le garçon en a eu assez. Il a fuit la maison avec son petit frère de 13 ans.

«On était supposé se faire battre encore ce soir-là et on avait décidé de se sauver, en bicycle à pédale. On n’est jamais revenu, on a pédalé pendant trois heures, on a appelé notre grand-mère qui est venu nous chercher. Elle a appelé la police et on a été placé dans des foyers d’accueil», résume-t-il.

Aujourd’hui, Elliot, athée, garde des séquelles psychologiques profondes. Il chemine toutefois. «Je suis un survivant. J’ai dû faire ce qu’il fallait pour sortir de là», termine-t-il.

Enquête se poursuit

Le Journal s’est rendu à la résidence du pasteur, dans le secteur de Neufchâtel, où l’on entrevoyait de la lumière à l’intérieur malgré les rideaux tirés et les stores baissés. Personne n’a répondu à la porte. Une femme a toutefois décroché le combiné, lorsque Le Journal a tenté de joindre le pasteur par téléphone. «Non merci», a-t-elle simplement répondu, avant de raccrocher.

L’enquête se poursuit du côté du Service de police de la Ville de Québec. «Il y a des preuves à analyser, des gens à rencontrer. C’est à suivre», affirme la porte-parole, Marie-Eve Painchaud.