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La Caisse de dépôt et de placement du Québec doit retirer notre argent du pétrole

La Caisse de dépôt et de placement du Québec doit  retirer notre argent du pétrole
Photo Reuters

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Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre et président du Conseil de stabilité financière du G20, tire la sonnette d’alarme : investir dans le pétrole devient une business de plus en plus risquée.  Et ce n’est pas la première fois qu’il le dit. Dans le dernier rapport annuel de la Banque d’Angleterre qu’il dirige, on retrouve la même affirmation. Il est temps que la Caisse de dépôt et placement du Québec, celle qui gère notre bas de laine, se réveille. Elle doit se retirer du pétrole.

L’insistance de Carney devrait, me semble-t-il, alerter les dirigeants de la CDPQ, leur secouer les puces. Dans la conférence qu’il donnait devant un parterre de grandes compagnies d’assurance, il leur rappelle que les catastrophes reliées au changements climatiques leur coûtent déjà un bras : 50 milliards de dollars par année de réclamations au lieu des habituels 10 milliards. Il leur répète aussi que les investissements dans le domaine pétrolier deviennent de moins en moins intéressants, de plus en plus risqués. Pourquoi ? Tout simplement parce que la plus grande partie du pétrole enfoui dans la croûte terrestre doit y rester et que la bulle financière du carbone, comme celle de l’immobilier, va nous péter dans la face. C’est inévitable : les pays participant à la conférence de Paris sur le réchauffement climatique vont s’engager à tout mettre en œuvre pour que le réchauffement de la planète ne dépasse pas les 2C0 . Ce scénario est écrit dans le ciel. Et « tout mettre en œuvre » signifie d’adopter de nouvelles politiques énergétiques qui privilégient le remplacement du pétrole par de nouvelles technologies vertes. C’est désormais dans ces énergies que les investissements vont rapporter, et rapporter gros, et non pas dans le pétrole. 

La CPDQ a des comptes à rendre à ses actionnaires, nous en l’occurrence. Elle doit commencer par nous dire à combien se chiffrent les investissements de la Caisse dans le pétrole. Combien sur les quelques 230  milliards qui nous appartiennent sont investis dans le charbon, dans le pétrole des sables bitumineux, dans le pétrole conventionnel ? 4 milliards, 8 milliards, 10 milliards ? Combien ? Elle a une responsabilité de transparence envers ses actionnaires, envers nous. Les pertes énormes de la Caisse lors de la crise financière de 2008 nous ont vacciné une fois pour toute : nous ne voulons pas revivre un tel scénario où nous sommes soudainement mis devant le fait accompli. Elle doit ensuite aussi nous informer de la stratégie qu’elle entend adopter pour se retirer du pétrole, pour s’assurer que nos épargnes sont investies dans des secteurs à rendements à la fois plus sûrs et plus profitables. Elle doit nous dire selon quel calendrier elle entend substituer ces placements à risque par des investissements dans les énergies vertes, dans les énergies nouvelles appelées à remplacer les énergies des siècles derniers.   

Quand la CDPQ s’engagera, selon un échéancier connu de tous, à se retirer des énergies fossiles, à commencer par le pétrole des sables bitumineux, elle fera preuve d’une saine gestion de nos actifs. Et elle se retrouvera en bonne compagnie. Le Fonds norvégien souverain qui frise les 1000 milliards de dollars a déjà entrepris de retirer ses investissements des sables bitumineux. La famille Rockefeller qui a fait fortune avec le pétrole a aussi annoncé son retrait des énergies fossiles. Sans compter les fonds de tous horizons, comme celui de l’église anglicane du Canada, qui désormais annoncent quasi quotidiennement un changement de cap vers les énergies propres.

Les dirigeants de la CPDQ ne peuvent pas plaider l’ignorance. Tous les signaux de son tableau de bord vont dans le même sens : il faut désinvestir du pétrole et investir massivement dans les énergies renouvelables. Ce n’est désormais plus une seule affaire de morale ou de protection de la Planète. C’est une approche d’affaires sensée.