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Aubut et les femmes

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Je suis persuadée que très peu de femmes journalistes qui ont côtoyé Marcel Aubut ont été surprises d’apprendre que le Comité olympique canadien (COC) menait une enquête à la suite d’une plainte pour harcèlement sexuel.

Je suis persuadée que très peu de femmes journalistes qui ont côtoyé Marcel Aubut ont été surprises d’apprendre que le Comité olympique canadien (COC) menait une enquête à la suite d’une plainte pour harcèlement sexuel.

Car il suffit d’avoir croisé Me Aubut ces dernières années pour savoir que son comportement à l’égard de la gent féminine était très souvent déplacé. À l’égard des femmes journalistes notamment, comme en témoignent non seulement mon expérience personnelle, mais aussi les nombreux messages que j’ai reçus de collègues féminines.

Dans plusieurs salles de nouvelles de Québec, on prenait même soin d’aviser les jeunes femmes qui débutaient dans le métier de se tenir loin de lui. Je peux en parler, car j’ai personnellement été la cible de ses gestes inconvenants.

Craintive, et aussi dégoûtée, j’avais d’ailleurs pris l’habitude, lorsque je le croisais lors de divers reportages dans les aéroports, de placer mes valises devant moi à son arrivée afin d’éviter qu’il ne puisse m’approcher.

Je n’avais nulle envie que Me Aubut pose sur moi ses mains, ni qu’il me fasse ses accolades beaucoup trop familières, encore moins qu’il plaque sur mon visage ses gros becs mouillés, pour reprendre l’expression d’une autre journaliste qui les a aussi subis à contrecœur.

En reportage avec une délégation de Québec à Londres pour le congrès Sport Accord, en avril 2011, j’avais même pris soin d’aviser les gens de la délégation de Québec de le surveiller, car j’en avais marre de ses approches grossières. Aussi, le voyant m’empoigner par les épaules dès son arrivée au sein du groupe, avant une réception du Comité olympique international (CIO), le maire Régis Labeaume s’était même interposé poliment pour le ramener à l’ordre.

Becs juteux

Puis j’ai revu Me Aubut lors d’une conférence de presse à ExpoCité, le 22 mai 2012. C’était en marge d’un dîner-conférence de Jacques Rogge, qui était alors à la tête du Comité international olympique (CIO). J’allais poser une question lorsqu’il m’a crié de l’avant: «Heille la blonde, qu’est-ce que t’as la blonde», ou quelque chose du genre. Puis il s’est approché et m’a plaqué deux gros becs juteux sur les joues.

J’ai rougi de la tête aux pieds. J’ai conservé le courriel que j’ai envoyé à une collègue d’un autre média qui avait été témoin de la scène. Je vous le reproduis textuellement, alors veuillez pardonner le sacre: «Tu sais quoi? Je me suis sentie humiliée tantôt. Je suis vraiment en crisse [...] Mais sérieusement j’aurais vraiment piqué une sainte crise.»

Et la collègue de répondre: «Je te comprends, j’aurais capoté à ta place.»

Je vous entends déjà dire: non mais, pourquoi est-ce qu’elle n’a pas remis Me Aubut à sa place avec une bonne claque au visage? Pourquoi elle ne lui a pas hurlé: ne me touche plus jamais, ne t’approche plus jamais non plus.

Mais déjà que l’humiliation fait son œuvre, lorsqu’une telle scène se produit, je n’allais pas en plus perdre la face et attirer encore plus l’attention sur ce qui s’était passé.

Depuis ce jour, je ne crois pas avoir croisé de nouveau Me Aubut. J’ai évité de couvrir les événements où il se trouvait en précisant la raison. Et avec l’impression de pratiquer mon métier dans les années 50, alors que de tels gestes n’étaient pas vraiment considérés comme répréhensibles.

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