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Aubut, la suite

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Depuis la parution de ma chronique à propos du comportement déplacé de Marcel Aubut envers moi et des femmes journalistes, une véritable déferlante de témoignages semblables m’a littéralement submergée.

Depuis la parution de ma chronique à propos du comportement déplacé de Marcel Aubut envers moi et des femmes journalistes, une véritable déferlante de témoignages semblables m’a littéralement submergée.

Je ne détaillerai pas à propos de ces témoignages, dont je n’ai pu vérifier l’exactitude en si peu de temps, sauf pour dire que ce sont des messages où les gens, tout en requérant l’anonymat bien évidemment, s’identifient très clairement de même que les fonctions qu’ils occupaient lorsqu’ils ont cotoyé le personnage. Et les histoires qu’ils me racontent donnent froid dans le dos. Ça va de l’agente de bord d’une grande compagnie d’aviation à un ancien camarade de classe, à des adjointes administratives, des voisines de bureau et des collègues journalistes. Une ex-hôtesse au Colisée, à l’époque des Nordiques, racontait dimanche sur Facebook qu’elle préférait alors éviter Marcel Aubut, et que ses collègues et elles se sauvaient du «grand boss» qu’il était. Elle se disait fascinée par toute cette histoire à propos de Me Aubut, depuis la semaine dernière, avec toutes ces femmes qui tout d’un coup dévoilent leurs expériences.

Homme puissant

Une autre femme révélait dimanche que ce qu’elle trouvait le plus fascinant, c’était de voir tous ces hommes qui pendant des décennies ont tout de même continué à lui donner autant de pouvoir, de crédibilité et de visibilité. J’ajouterais aussi «toutes ces femmes». Et c’est aussi ce qui me fascine, en plus de me désoler terriblement. De voir que même aujourd’hui, alors qu’on se croit société moderne et égalitaire, on tolère ce genre de comportement sous prétexte que «c’est un homme puissant.»

Je suis également révoltée de cette culture du silence

Je suis également révoltée de cette culture du silence qui a visiblement cours depuis des années au sein du Comité olympique canadien (COC) à propos du comportement de Me Aubut. De mon côté, pour répondre à ces quelques lecteurs qui m’ont reproché samedi de ne pas avoir dénoncé plus tôt, je n’aurais pas écrit une chronique sur le comportement de Me Aubut si une femme n’avait pas déposé une plainte pour harcèlement sexuel.

Je n’aurais pas écrit, car en racontant mon expérience de façon isolée, la réaction et les conséquences auraient été tout à fait différentes. Plusieurs ne m’auraient pas cru. J’aurais sans aucun doute fait l’objet d’une poursuite. Et comme toutes les autres qui se sont tues elles aussi pendant des années, j’aurais craint l’influence de cet homme qui en menait très large, et ce sur bien des plans. J’aurais craint d’être traînée dans la boue, comme l’ont été d’autres femmes qui ont osé, mais qui n’ont pu obtenir comme seul support que des règlements à l’amiable.

Comme me l’écrivait très justement une dame dimanche, Me Aubut «a le pouvoir et l’argent. Qui va croire une petite secrétaire. Il va la ruiner avant qu’elle ait posé un geste.»

Espérons que le cas Aubut éveillera des consciences et encouragera les femmes et les hommes à dénoncer les comportements abusifs et grossiers. Car avec tout ce que j’ai lu depuis deux jours, à n’en pas douter, ce n’est qu’un début. Quant à ses excuses, lors de sa démission, elles surviennent trop peu trop tard. Pourquoi aura-t-il fallu que le puissant avocat soit ainsi acculé au mur pour daigner s’excuser? Ça ressemble davantage au voleur qui regrette de s’être fait prendre à voler et non d’avoir commis le délit. Et qui a préféré la fuite à la disgrâce.

 

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