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L’«affaire» Aubut : une histoire de pouvoir

L’«affaire» Aubut : une histoire de pouvoir
photo d’archives

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Confession : je ne lis jamais les chroniques de Réjean Tremblay. Cela n’a rien à voir avec lui ou ses talents d'écrivain.

Je ne suis tout simplement pas l’«univers» du sport professionnel. Ni de près, ni de loin.

Le billet de ma collègue Sophie Durocher en réponse à la réaction de Réjean Tremblay à l’«affaire» Marcel Aubut a toutefois piqué ma curiosité.

J’ai donc lu ladite chronique de Réjean Tremblay à mon tour. Et très franchement, les deux bras m’en ont littéralement tombé.

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Après avoir informé les lecteurs de sa longue amitié avec Marcel Aubut, la suite du texte est proprement surréaliste.

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Tout sauf une question de «personnalité»

Ébranlé par le «tsunami médiatique» dévastateur qu’il prévoit pour son ami Marcel Aubut et sa famille, Réjean Tremblay ne semble malheureusement pas comprendre que si M. Aubut risque de terminer en «cible» médiatique, c'est qu'il n’aura que lui-même à blâmer.

Bien pire encore est sa description des comportements abusifs de M. Aubut envers plusieurs femmes, semble-t-il, de son entourage «professionnel» comme étant ceux d’un «ado grossier». Ce qui est allégué ici n’a pourtant rien d’«adolescent».  À moins de croire que les comportements abusifs envers les femmes sont coutumiers chez les «ados grossiers»...

M. Tremblay parle ensuite de ces femmes, les victimes alléguées de M. Aubut, qui ont vécu des «situations malaisées». Ajoutant que «ce n’est jamais agréable».

On ne parle pourtant pas ici de situations simplement «malaisées», mais de cas allégués d’abus de pouvoir sur des femmes qui, sous peine de voir leur propre carrière terminée, ont subi ses comportements abusifs.

Réjean Tremblay rappelle aussi que Marcel Aubut «ne faisait pas dans la dentelle. On ne parvient pas à la présidence du COC sans écraser des orteils au passage. Et Me Aubut a bousculé beaucoup de gens dans son ascension vers les sommets qu’il voulait atteindre. (...) de plus, sa nature et son exubérance l’ont amené à une familiarité et à une façon d’aborder les femmes qui ont déplu à plusieurs. (...) D’ailleurs, il avait été prévenu de modifier son attitude. Ce fut le talon d’Achille de cet homme doué et énergique

Ouff...

Les épisodes de harcèlement sexuel allégués ne sont pourtant pas attribuables à des «traits de personnalité», aussi prononcés soient-ils, mais encore une fois, à un abus de pouvoir face à des femmes qui, elles, n’en avaient aucun face à lui.

Ceci n’est pas une histoire de «personnalité», mais de pouvoir. D'abus de pouvoir. Point.

Une histoire en fait bêtement et outrageusement «classique». Comme l’a amplement démontré, pour ceux qui en doutaient encore, l’immense vague du mouvement #AgressionNonDénoncée de l’automne dernier. Et ce, jusque dans les couloirs des parlements, dans l'armée ou la police.

C’est l’histoire parmi d’autres d’un homme de pouvoir, d’influence et d’autorité qui, armé de ces trois attributs prisés, s’en serait présumément servi pour humilier verbalement ou abuser de femmes qui, elles, n’avaient ni pouvoir, ni influence, ni autorité.

C’est l’histoire parmi d’autres du silence qui, lorsque ces comportements sont observés dans l’intimité du cercle professionnel de l’homme en question, s’installe à demeure. C'est l'histoire d'une plate banalisation pour les uns et d'une tentative de protéger ses propres intérêts pour les autres.

C’est l’histoire de tous ceux qui voient dans ce genre de misogynie extrême que de grosses pattes fouilleuses d’un «mononcle» un peu trop fatigant, d’une «truculence rabelaisienne» mal contenue ou encore comme la simple manifestation d’une «grosse farce»  ou d’un comportement «douteux».

C’est donc aussi l’histoire de Dominique Strauss-Khan. De Bill Cosby. De Jian Gomeshi, et de tant d'autres.

Des hommes qui, comme Marcel Aubut, ont eu de bien belles et grandes carrières, ont côtoyé les milieux politiques et d’affaires, mais qui l’ont fait en traitant un certain nombre de femmes comme de vulgaires petites choses à exploiter.

Le tout, dans presque tous les cas, en se faisant bien évidemment passer pour des maris exemplaires...

Mais c’est aussi l’histoire d’un prof qui abuse de son autorité dans sa classe pour multiplier les «conquêtes» factices. C’est aussi l’histoire du père, du frère, du cousin, de l’oncle ou du grand-père incestueux.

C’est aussi l’histoire du voisin ou du «chum» qui en profite pour abuser de la fille de sa voisine ou de sa blonde.

C’est aussi le «p’tit boss» qui en profite au bureau. Ou de l'entraîneur sportif qui en profite, lui aussi.

Etc., etc., etc..

Réjean Tremblay termine sa chronique en se disant ceci : «Les hommes devront maintenant apprendre à trouver leurs marques dans ce nouvel univers» face à «une formidable remise en question des relations entre les femmes et les hommes dans le monde du travail et des institutions» où «les grosses farces et les comportements douteux ne sont plus tolérés».

C’est peut-être le passage qui laisse le plus songeur.

Comment peut-on dire que les hommes «devront maintenant apprendre à trouver leurs marques» alors que la quête pour une plus grande égalité entre les hommes et les femmes de même que le rejet du harcèlement comme mode de domination dans une relation de pouvoir est un mouvement qui date déjà de plusieurs décennies?

Je ne veux toutefois pas en faire un cas «personnel» visant particulièrement M. Tremblay. Loin s'en faut.

Ce qui est le plus troublant est qu’il est fort probable, en fait passablement sûr, qu’il soit loin, très loin, d’être le seul homme à avoir cette même réaction.

Le seul espoir est que ceux qui la partagent soient à l’avenir, lorsque sortira la prochaine «histoire» d’abus de pouvoir envers les femmes par un homme en position d’autorité, de moins en moins nombreux.