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Le dernier dollar

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On oublie ce qu’on dépense. Surtout quand on ne le sait trop guère. Surtout quand c’est le gouvernement. Cinquante milliards? Cent? Plus encore?

On oublie ce qu’on dépense. Surtout quand on ne le sait trop guère. Surtout quand c’est le gouvernement. Cinquante milliards? Cent? Plus encore?

À entendre les habituels protestataires, on a l’impression que le Québec est une société proche de ses sous. Et comme les Québécois ont le cœur tendre, c’est facile de les culpabiliser, de leur faire croire que les services publics sont une succursale de l’enfer.

Ces jours-ci, les profs protestent en disant devoir défendre les écoles. On veut nous faire croire que les enfants fragiles y seraient ni plus ni moins qu’abandonnés.

Mais que s’est-il passé ces derniers mois? Y a-t-il eu une soudaine explosion du nombre d’enfants en difficulté? Y a-t-il moins d’argent dépensé pour leur venir en aide?

Crédits budgétaires

Pourtant, les crédits budgétaires adoptés par l’Assemblée nationale indiquent que le ministère de l’Éducation dépense autant sinon légèrement plus que l’an dernier pour les enfants handicapés ou en difficulté d’apprentissage.

Combien? Plus de 2,3 milliards pour les élèves du primaire et du secondaire. Environ 30 millions pour ceux du cégep et 2,2 millions de plus pour ceux rendus à l’université. On parle de 2300 millions! Ça en prend des taxes pour dépenser 2300 millions! C’est 25 % du budget de l’Éducation, en hausse de 12,1 % depuis trois ans! On ne doit plus se retenir?

Quand on réclame des soins pour le petit Untel à l’Assemblée nationale, sait-on exactement ce dont a besoin cet enfant? Une pièce capitonnée? Une classe vide? Des soins psychiatriques?

Un ministre ne peut dire cela, mais l’Opposition, sachant qu’il est lié par la compassion et le respect envers les parents, peut en faire ses choux gras; c’est assurément un signe de fatigue intellectuelle...

Pour passer à la télé, on se fout donc des cent milliards déjà dépensés. On présente les choses comme si le dernier dollar manquant menait à la catastrophe. Le dollar qui défonce la limite budgétaire.

La démagogie dépasse les bornes dans le cas des enfants en difficulté. Personnellement, je soupçonne les commissions scolaires de jouer leur habituel petit jeu en sachant très bien que c’est le ministre de l’Éducation qui doit répondre de leurs choix.

Effectifs administratifs

Hypocrites, en marge du débat public, les commissions scolaires préservent leurs effectifs administratifs – protégés par l’absurde sécurité d’emploi – en faisant des mises à pied dans le personnel au service des enfants. L’odieux de leurs décisions est ensuite mis au compte du gouvernement, peu importe sa couleur.

Remarquez que cette situation absurde fait l’affaire des syndicats qui s’accrochent aux malheurs des uns et des autres pour mousser leur cause. Ils évitent ainsi de parler fric ou horaire de travail. Peu de gens savent que la moitié des profs gagnent plus de 76 000 $ par année et que leur convention les oblige à une vingtaine heures d’enseignement par semaine. S’ajoute le temps dit «personnel» et huit heures payables à la maison. Doit-on rappeler aussi que l’année scolaire est ici parmi les plus courtes au monde!

Évidemment, là encore, le ministre ne peut dire ça. François Blais finirait comme un cadre d’Air France, dépouillé par la meute bien-pensante.