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L'école autrement

Verdun
JMTL

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Il y a de ces lectures qui vous jettent à terre tellement elles témoignent ardemment de la bienveillance, de la créativité, de la générosité, de l’ouverture, de la persévérance, de la rigueur et de la droiture dont les humains sont parfois capables. J’ai eu l’occasion de faire une telle lecture en fin de semaine dernière :  L’école publique alternative québécoise : ses conditions pour naître et se développer (ici), un manifeste publié par le Réseau des écoles publiques alternatives du Québec (RÉPAQ). Le Premier ministre et le ministre de l’Éducation du Québec qui disent vouloir donner plus de pouvoir aux écoles auraient tout intérêt à s’en inspirer.

Durant 4 ans, les membres de ce réseau d’écoles publiques alternatives ont fait la somme de toutes leurs expériences pour identifier ce qui les distinguent, et ce qui à leurs yeux (et aux miens) constitue l’école de rêve. Une école qui existe déjà dans ce petit réseau de 32 établissements  et vieux de 40 ans.

Leur manifeste fait la démonstration qu’il est possible et combien inspirant d ’éduquer autrement. Il témoigne d’une manière de prendre l’école à bras-le-corps, d’en faire le repaire d’une communauté éducative, d’une communauté d’apprentissage chaude, vivante, soutenante, exigeante et indulgente à la fois. Une communauté qui adhère à un modèle de développement de l’humain capable d’assumer une vie citoyenne responsable, active, créative, critique et nourrissante pour soi et pour les autres. L’école y devient un moyeu, un pivot où les enfants, les enseignants, les parents, tous les autres adultes qui croisent quotidiennement le chemin des enfants jouent un rôle indispensable et apprécié. Ici, pas de bulletin mais plutôt une évaluation constante par les enseignants, les parents et les enfants (et oui les enfants) à partir de leurs projets et de leurs productions, une confiance inébranlable dans la capacité des enfants de se développer à leur rythme et à leur manière propre, un engagement indispensable des parents, un droit de regard de chaque école dans le recrutement des enseignants et de la direction, des enseignants qui travaillent en équipe, une école cogérée par ses membres et un souci constant accordé au développement intégral des enfants.

La vision qui anime ces écoles, la capacité de ce petit mais vibrant réseau de se définir clairement en incluant la parole des enfants et des parents devrait être le lot de toutes les écoles du Québec. Une fois lu ce manifeste, il devient impossible de concevoir l’école québécoise autrement. L’école n’est plus uniquement le lieu à qui on confie l’enfant.  Elle devient le pivot d’une communauté d’apprentissage fervente et alerte où les adultes aussi bien que les enfants trouvent de quoi grandir.

Notre premier ministre et le ministre de l’Éducation du Québec laissent entendre depuis quelque temps que l’école, ses enseignants, ses parents, pourraient dorénavant avoir plus de pouvoir dans notre système éducatif. Tant mieux s’ils disent vrai, même si j’ai de bonnes raisons d’en douter. J’en ai personnellement gros sur le cœur envers ce gouvernement qui, pendant qu’il laisse miroiter plus de pouvoir aux écoles, tripatouille sans vergogne dans ces formidables communautés éducatives autonomes : les CPE.  Plutôt que de renforcer ce réseau des CPE administré par les parents et doté d’un personnel compétent entièrement dédié au développement global de nos enfants, ils l’affaiblissent. Si ce gouvernement veut réellement faire de l’école un lieu privilégié du développement de nos enfants, il devrait s’inspirer du manifeste du Réseau des écoles publiques alternatives du Québec. Et il devrait rapidement sortir le sort de nos écoles et de nos services de garde des mains du président du Conseil du Trésor qui est en train de faire un véritable gâchis.