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Vote par anticipation : des femmes votent voilées sans jamais montrer leur visage

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À Repentigny, Chantal est allée voter par anticipation avec un niqab, à Repentigny. Son mari (à gauche) a aussi voté voilé, avec un foulard et un chapeau.
Photo Héloïse Archambault
À Repentigny, Chantal est allée voter par anticipation avec un niqab, à Repentigny. Son mari (à gauche) a aussi voté voilé, avec un foulard et un chapeau.

 

«C’était magnifique, vive la démocratie!» a lancé ironiquement Chantal, à la sortie du bureau de vote de Repentigny, où elle a voté par anticipation.

Vêtue de son niqab acheté en Tunisie qui lui cachait les yeux, et d’une longue robe noire qui la couvrait de la tête aux pieds, la femme dont on tait le nom de famille par peur de représailles n’en revenait pas de la facilité avec laquelle tout s’est déroulé.

Trop facile?

«Je suis outrée que ce soit aussi facile, déplore-t-elle. J’aurais pu voter 1000 fois sans qu’ils s’en rendent compte.»

En effet, Le Journal a accompagné Chantal au bureau de vote pour constater le déroulement. Si de nombreux électeurs l’ont longuement dévisagée, d’autres souriaient en voyant sa tenue.

À l’intérieur du bureau de vote, Chantal­­ a simplement montré sa carte d’assurance maladie et sa carte d’électeur.

«Je suppose que vous ne voulez pas vous dévoiler?» lui a demandé l’employée d’Élections Canada.

Après avoir refusé, Chantal a dû prêter serment sur son identité, a juré qu’elle avait 18 ans, qu’elle était citoyenne canadienne et qu’elle votait pour la première fois. Derrière elle, l’électeur qui attendait dans la file a soupiré à plusieurs reprises en raison du retard de quelques minutes supplémentaires.

Selon Élections Canada, aucune loi n’empêche les électeurs de voter à visage couvert, qu’il s’agisse d’un vêtement religieux ou d’un sac de patates.

Le niqab en campagne

Le 15 septembre dernier, le niqab a fait son entrée dans la campagne après que la Cour d’appel fédérale a rendu un jugement en faveur du port de ce vêtement lors des cérémonies d’assermentation.

En réaction à cette décision, une résidente de Longueuil a lancé le mouvement «Le 19, je vote voilée» sur Facebook. Depuis, 8600 électeurs ont indiqué qu’ils iraient voter le visage couvert.

Et Chantal jure qu’elle exercera son droit de vote voilée tant que ce sera permis par la loi.

Le vote par anticipation se déroule jusqu’à lundi. Les élections générales se tiendront le 19 octobre prochain.

 

Insultées au bureau de vote

par David Prince

 

À Rouyn-Noranda, Carole Jolette et Marie-Ève Bastien ont pu voter facilement à visage couvert. Elles ont cependant dû endurer certains commentaires désobligeants.
Photo David Prince
À Rouyn-Noranda, Carole Jolette et Marie-Ève Bastien ont pu voter facilement à visage couvert. Elles ont cependant dû endurer certains commentaires désobligeants.

 

ROUYN-NORANDA | Deux femmes de l’Abitibi ont attiré les regards et commentaires désapprobateurs en allant voter complètement voilées vendredi.

Marie-Ève Bastien et Carole Jolette ont porté une burqa pour exercer leur droit de vote dans le petit quartier d’Évain à Rouyn-Noranda.

Leur présence alimentait toutes les conversations au bureau de vote. Si plusieurs souriaient, certains ne se sont pas gênés pour les insulter.

La travailleuse d’élection, Thérèse Toupin, était visiblement mal à l’aise devant la situation. «On ne sait pas qui est en dessous. Qu’ils fassent comme nous, et qu’ils enlèvent leur voile. Moi, je me dis: “Tu as un visage, montre-le”», a-t-elle dit.

Ridicule

Marie-Ève Bastien a décidé de porter une burqa achetée au Koweït par son chum pour aller voter afin de montrer le ridicule de la situation au gouvernement.

«Le système rit de nous toute l’année. Pour une fois qu’on peut rire du système­­, aussi bien en profiter», a-t-elle lancé.

Les deux femmes ont été très surprises de la réaction des gens. Elles se sont fait insulter et se sont fait dire de retourner dans leur pays.

«J’avais porté la burqa à l’Halloween l’an dernier et je sentais que les gens étaient mal à l’aise. Aujourd’hui, j’ai plus senti qu’ils étaient scandalisés que je puisse voter à visage voilé. C’est une loi ridicule qui doit être changée», a relaté Mme Bastien.

«Des importés»

­Plusieurs citoyens rencontrés à la sortie des bureaux de vote étaient choqués. Selon Lyna Beauregard, le gouvernement est beaucoup trop permissif envers les immigrants. «Ils nous enlèvent trop d’affaires à nous pour les donner à eux. On n’a plus le droit de prier avant les conseils municipaux. On a enlevé la religion des écoles. Si je vais dans leur pays, je devrai respecter leur loi. Qu’ils respectent les nôtres quand ils viennent ici», a-t-elle dit.

«Ben oui, mais nos lois permettent de voter voilés», a précisé Mme Bastien.