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La lapidation

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Il y a quelque chose de profondément puritain et pharisaïque dans ce que nous avons vécu cette semaine à Québec, quelque chose d’anodin en surface, mais qui, en réalité, nous en dit beaucoup sur ce que nous sommes comme société.

Il y a quelque chose de profondément puritain et pharisaïque dans ce que nous avons vécu cette semaine à Québec, quelque chose d’anodin en surface, mais qui, en réalité, nous en dit beaucoup sur ce que nous sommes comme société.

En 2015, dans cette ère de soi-disant tolérance et du «vivre et laisser vivre», un bon vieux fond bien québécois de punaises de sacristie rigoristes est venu montrer son hypocrite faciès.

L’éducatrice du Collège Jésus-Marie­­, connue dans une autre vie sous le surnom de «Candy Kiss», s’est fait littéralement traîner sur la place publique comme une pécheresse pour se faire lapider sous les regards de la plèbe, et ce, pour avoir joué dans des films pornos produits il y a près de... 10 ans!

Selon le producteur XXX, c’est une ancienne collègue jalouse qui l’aurait «vendue».

La police des mœurs

Est-ce que c’était vraiment d’intérêt public de déterrer et d’exposer le passé d’une femme compétente dans son domaine, une personne qui a droit à sa vie privée, parce qu’à un plus jeune âge, elle a eu la cuisse légère, une entorse épicée au code des bonnes mœurs?

Les bulletins de nouvelles auront servi à mettre en lumière un obscur règlement de compte et à salir une réputation.

Édifiant tout ça...

Tant qu’à y être, devrait-on présenter aux infos le «tableau de chasse de la semaine­­», avec tel vendeur d’assurance qui est allé aux danseuses, tel dentiste et sa femme qui s’envoient en l’air dans des clubs échangistes ou tel plombier qui organise des partys de fesses dans son bungalow?

Sous le couvert de l’information, ce gotcha journalism s’apparente à une descente d’une escouade des mœurs, à une condamnation ex cathedra à l’effet incommensurable.

La direction

Fort heureusement, la direction de l’école a été bon prince envers son employée, mais qu’en sera-t-il de l’impact à long terme de cette révélation, croustillante certes, mais n’ayant rien à voir avec la prestation de ses services?

Levez vos mains, ceux qui ont des placards propres, propres?

Tous, «bonne Sainte-Anne» incluse, avons commis des «péchés», mortels ou véniels.

D’un coup de vent, dans cette frénésie à la manchette, dans ce tourbillon de flashs superficiels, le passé privé d’un quidam a été gratuitement soufflé à l’avant-scène, sous les réflecteurs, et seule Candy Kiss devra en assumer les répercussions. Auprès de sa famille, de ses collègues, de ses amis. Et, placotage aidant, auprès de ces adolescents à la puberté bourgeonnante du niveau secondaire de l’école.

Comment les parents des enfants la regarderont-ils dorénavant? Qu’est-ce que ses collègues masculins auront en tête quand ils la croiseront dans les corridors?

Candy Kiss n’a qu’une seule issue: elle­­ doit regarder droit devant et assumer pleinement ses gestes et ses décisions, qui ont laissé de nombreuses traces indélébiles sur internet.

Se comporter en adulte et porter le poids de ses initiatives d’alors.

Difficile pour moi d’imaginer que si c’était un prof masculin d’éducation physique au secondaire qui avait tourné dans un porno, la perception serait en tout point identique...

Non, mais, quelle hypocrisie puritaine, quelques heures à peine après l’élection majoritaire d’un premier ministre qui fume des joints...