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Portrait sombre du marché de l’aluminium

«Les usines canadiennes devraient survivre à la tempête» - le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard

Portrait sombre du marché de l’aluminium
photo collaboration spéciale, Roger Gagnon

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Rien ne va plus dans le marché de l’aluminium. Rio Tinto et Alcoa doivent redoubler d’efforts pour demeurer compétitifs contre des gros joueurs, comme la Chine et le Moyen-Orient, alors que le prix du métal n’a jamais été aussi bas.

«Le contexte actuel force chacun des acteurs à s’améliorer, à se questionner sur sa capacité d’être concurrentielle. Il n’y a plus rien d’acquis. Il faut être meilleur que nous ne l’avons jamais été», souligne le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard.

Avant la crise, qui a débuté en 2009, le prix de l’aluminium pouvait atteindre plus de 3 000$ la tonne. Aujourd’hui, le prix est en chute libre et se situe à 1 430$ la tonne.

Jean Simard, président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada dresse un portrait sombre du marché de l’aluminium.
photo collaboration spéciale, Roger Gagnon
Jean Simard, président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada dresse un portrait sombre du marché de l’aluminium.

«Les prix ont atteint une crue historique et se retrouvent maintenant dans la vallée de la mort. L’aluminium pourrait franchir 1 300$ la tonne au cours des six prochains mois, avec aucune embellie avant 2017», explique Jean Simard.

FERMETURE D’USINE

Depuis 2007, une trentaine d’usines spécialisées dans l’aluminium ont fermé leur porte sur le marché mondial et c’est loin d’être terminé.

«Les récentes fermetures d’usine sont le signal que nous avons tellement saigné depuis 2009, le prix est rendu tellement bas, que ça coute moins cher de fermer une usine que de la garder en opération», mentionne M. Simard.

Des spécialistes prévoient même que la majorité des usines des États-Unis ne survivront pas à la crise.

«Tout le monde est à risque dans le contexte actuel. Au cours de la prochaine année, si la tendance se maintient, la totalité des usines des États-Unis vont fermer», annonce-t-il.

Les usines du Canada, qui appartiennent principalement à Rio Tinto et Alcoa, devraient toutefois être en mesure de survivre à la tempête grâce à un coût d’énergie plus bas et à une grande compétitivité.

Portrait sombre du marché de l’aluminium
photo collaboration spéciale, Roger Gagnon

COMPÉTITION FÉROCE

Les principaux coupables de cette situation morose sont sans contredit les pays orientaux en plein développement qui ont percé le marché de l’aluminium avec des coûts de production plus que compétitifs.

«La chine a amorcé un virage vers l’exportation et occupe une grande part de l’industrie. Les nouvelles usines chinoises sont de grande envergure, et efficiences sur le plan de l’utilisation de l’énergie. L’ajout de capacité principalement au Moyen-Orient et en Inde viendra également s’ajouter à la surcapacité chinoise», explique le spécialiste.

RELANCE

Jusqu’à présent, il est très difficile de prévoir une relance de l’industrie.

«On ne voit pas encore une reprise stable à l’horizon. Plus le prix est bas, plus il y a de l’inventaire qui s’accumule. Les producteurs ne veulent pas vendre pendant que le prix est trop bas alors ils empilent de la matière», avoue-t-il.

Un marché équilibré sera difficile à retrouver, à court terme, puisque l’inventaire accumulé est actuellement de 14 millions de tonnes sur la planète. C’est l’équivalent de la production du Saguenay pendant 10 ans.

Heureusement, le prix a la baisse à un impact considérable sur la demande d’aluminium qui augmentera dans les prochaines années afin de doubler d’ici 2040.

«On entrevoit une croissance d’utilisation du matériau à travers des voitures, des choix d’ameublement, des types de constructions de maison. Pour le consommateur d’aluminium, le prix est alléchant», conclut Jean Simard.

Marché de l’aluminium :

  • 30 usines fermées sur la planète depuis 2007,
  • Le prix pourrait atteindre le seuil record des 1 300 $ la tonne d’ici six mois,
  • 14 millions de tonnes d’aluminium sont accumulées sur la planète actuellement,
  • La demande d’aluminium pourrait doubler d’ici 2040,
  • Le Moyen-Orient, la Chine et l’Inde sont les nouveaux joueurs du marché de l’aluminium.