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Sam Hamad a raison

Sam Hamad
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale a affirmé qu’il fallait «briser le cercle vicieux de la pauvreté» et que les «programmes incitatifs n’ont pas donné les résultats souhaités auprès de cette clientèle». En cela, il a tout à fait raison.

Il y a effectivement un cercle de la pauvreté: les enfants de parents pauvres demeureront dans une large proportion pauvres. Comme les enfants de parents riches demeureront dans une large proportion privilégiés. D’autre part, les mesures visant les individus ne fonctionnent pas et ne fonctionneront jamais. Car ce cercle de la pauvreté constitue justement un problème structurel. Ce caractère systémique explique à la fois le cercle de la pauvreté et l’inefficacité des programmes individualisés. Cela s’appelle la reproduction des classes sociales. Sociologie économique 101.

Étant donné cela, voulez-vous me dire par quelle logique tordue le ministre croit que les mesures contraignantes qu’il imposera aux prestataires de l’aide sociale avec la nouvelle loi 70 pourraient fonctionner? Les mesures incitatives visant les individus ne fonctionnent pas parce qu’elles ne s’attaquent pas au problème structurel, mais les mesures contraignantes visant les individus fonctionneraient? Monsieur Hamad n’a manifestement pas terminé son cours Sociologie économique 101.

Comme on le dit couramment, c’est à la pauvreté qu’il faut s’attaquer, pas aux pauvres. Mettre en place des mesures individuelles contraignantes ne réglera jamais le problème de la pauvreté. Le gouvernement devrait viser la lutte à la pauvreté à long terme, plutôt que d’imposer des contraintes qui ne changeront strictement rien à court terme ni dans un futur plus lointain.Le bureau du ministre pourrait s’écrouler sous le poids des milliers d’études qui ont démontré que ces programmes ne fonctionnent pas. Mais ce gouvernement nous a habitué à des décisions qui ne reposent pas sur la raison, mais bien l’idéologie.

Ça n’est pas en obligeant les prestataires d’assurance-sociale à prendre un emploi à 300 km de chez eux qu’on va enrayer le cercle de la pauvreté. Le ministre croit-il vraiment qu’une personne recevant quelques centaines de dollars par mois déménagera de Hochelaga à Saint-Georges-de-Bauce, ou vice-versa, pour aller gagner quelques dollars de plus à faire le ménage dans une usine? Qu’elle se déracinera, qu’elle pourra se payer le déménagement, s’organiser? Pire, le ministre croit-il vraiment que cela améliorera son sort?

Personne «bénéficiant» de l’aide-sociale ne se satisfait de son sort. Personne ne se satisfait de quelques centaines de dollars, de l’exclusion sociale, de ne pas savoir comment arriver à payer l’épicerie la dernière semaine du mois.

Le ministre a de plus le culot de pousser le paternalisme à sa limite en prétendant que ces personnes devraient accepter un emploi «convenable». Qui est-il pour décider ce qu’est un emploi convenable? Quelle est sa connaissance de la réalité de la pauvreté? Être «apte à l’emploi» ça n’est pas qu’avoir un corps et un esprit fonctionnel. La complexité du monde échappe à ce ministre et à ce gouvernement qui n’a qu’une grille de lecture: l’individualisme comptable.

On combat la pauvreté en investissant dans l’éducation, dans les mesures d’aide à l’employabilité, à favoriser l’accès aux activités culturelles, scientifiques et sportives. Massivement. Des programmes et des organismes publics qui offraient ces mesures ont été systématiquement détruits ou déviés de leur mission par le gouvernement Couillard. Les solutions s’attaquant au problème structurel de la pauvreté existent, on les connaît, elles sont complexes et difficiles à mettre en œuvre, mais ce sont précisément elles que notre gouvernement détruit jour après jour.

Le ministre Hamad a bien compris qu’il fallait viser à l’aspect systémique de la pauvreté, mais il pose des gestes qui vont exactement dans le sens contraire.