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Hamadouer les pauvres

Sam Hamad
Photo Le Journal de Québec, Simon Clark

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Alors que le taux de chômage ne cesse d'augmenter, que ce gouvernement ne cesse de couper en éducation, en formation et dans les services sociaux et communautaires, Sam Hamad veut forcer les personnes nouvellement inscrites à l'aide sociale à se former ou à occuper un emploi, n'importe lequel et n'importe où sous peine de coupures de leur prestation. Trouvez l'erreur!

L'annonce du ministre Hamad me rappelle un moment savoureux que j'ai vécu, en 2004 je crois, à l'Assemblée nationale.  Je revois encore Claude Béchard, ministre de la solidarité sociale de l'époque dont j'étais le critique, qui se lève, me regarde droit dans les yeux et d'un air à la fois fier et malicieux déclare (je cite de mémoire): " M. Le Président, j'ai l'honneur et le privilège de déposer le Plan de lutte à la pauvreté et à l'exclusion sociale de mon gouvernement. Ce plan prévoit l'abolition des pénalités imposées par le Parti Québécois aux personnes refusant un parcours de formation ou refusant un emploi. On le sait, ces pénalités ne sont d'aucune efficacité. Et, en même temps que je vous le dis,  je vois une pointe d'envie dans les yeux du député de Vachon, mon critique. Je sais combien il aurait souhaiter faire lui-même cette déclaration".

Claude Béchard riait dans sa barbe, et il avait bien raison : il avait en main un article que j'avais publié quelques années avant mon saut en politique et dans lequel j'affirmais que le gouvernement du PQ faisait fausse route avec ses pénalités. Les raisons que j'évoquais à ce moment sont encore les mêmes.

Premièrement, le ministre Hamad associe "parcours de formation" ou "offre d'emploi" à "punition". Plutôt que de présenter ces options comme une chance de s'en sortir, il les présente comme quelque chose de tellement pénible que l'on doit menacer de coupures ceux qui refuseraient de s'y inscrire. On présente ces voies de sortie comme une occasion supplémentaire d'échec à des personnes qui en ont déjà connus plus que leur lot. Pouvons-nous un seul instant penser que la vie de ces nouveaux prestataires a été un jardin de roses, sans  punitions et sans échecs soit à l'école, soit sur le marché du travail? Et pouvons-nous honnêtement conclure que ces expériences punitives les ont aidés?

Deuxièmement, ces menaces de coupure risquent de produire des comportements de soumission chez les personnes nouvellement inscrites, et rien de plus, au lieu d'un engagement réel et motivant. De nombreuses personnes s'inscriront dans des parcours que pour éviter d'être coupées, pas plus. On ferait sans aucun doute la même chose tellement les prestations de l'aide de dernier recours sont faméliques. Les conseillers d'Emploi-Québec devront alors consacrer une part importante de leur énergie à faire de la discipline, à s'assurer du respect des ententes par ces personnes au lieu de les soutenir dans leurs efforts pour s'en sortir. Ce type de suivi est improductif, coûte inutilement cher et enfonce davantage des gens qui auraient besoin d'être encouragés plutôt que continuellement épiés.

Troisièmement, ces menaces de sanction risquent d'entacher la réputation de toutes les personnes aptes à travailler et inscrites à l'aide sociale. "Elles sont paresseuses, fainéantes, et elles s'inscrivent en formation seulement pour éviter d'être coupées. Il n'y a pas grand 'chose à attendre d'elles" soupçonnera-t-on. On est loin de l'ouverture avec laquelle on devrait accueillir ces personnes dans les milieux de formation et de travail. Cette approche punitive renforce la réputation à l'effet que les demandeurs d'aide sociale seraient des Bougons et des profiteurs, réputation reprise sans gêne et à qui mieux-mieux. Sam Hamad est en contradiction flagrante avec l'article 6 de la  Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale réclamée pourtant à grands cris par le PLQ en 2002:  "promouvoir le respect et la protection de la dignité des personnes en situation de pauvreté et lutter contre les préjugés à leur égard". De plus, contrairement à l'esprit et à la lettre de cette loi, les pénalités viennent appauvrir davantage les plus pauvres et les enfoncer davantage dans la misère: ce n'est pas autrement que l'on peut interpréter les économies de 49 millions prévues par Sam Hamad, triste ministre de la désaffiliation sociale.