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Se doper pour geler la souffrance

Dominique Simard lève le voile sur son parcours en cette Semaine de la prévention de la toxicomanie

Se doper pour geler la souffrance
Photo courtoisie

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Dominique Simard est sobre depuis 14 ans grâce à l’aide qu’il a reçue et surtout, grâce à son indéniable volonté. L’ex-toxicomane de 48 ans raconte son histoire afin de prouver que c’est possible de s’en sortir, même s’il considère que c’est «le combat d’une vie».

À l’âge de 14 ans, Dominique Simard s’est évadé de sa famille en Gaspésie, écœuré, selon ce qu’il raconte, de vivre l’inceste dont il dit avoir été victime.

«Je suis parti chercher une pinte de lait et je ne suis jamais revenu», confie-t-il.

Sa nouvelle vie n’a toutefois pas été celle qu’il aurait espéré après avoir croisé un pimp sur son chemin.

«Je pensais que mon enfer c’était ça [l’inceste] et finalement j’ai trouvé pire. J’ai rencontré un homme qui m’a promis une nouvelle vie sur un plateau d’argent. Trois semaines plus tard, je me suis retrouvé au parc Berri à Montréal à faire de la prostitution».

C’est au même moment que la cocaïne, la mescaline et le haschich ont fait leur apparition dans sa vie.

«Je voulais tellement cacher ma souffrance que je me dopais pour la geler. Plus je vieillissais et plus mon problème de drogue grandissait».

Dominique a réussi à quitter son bourreau à l’âge de 19 ans, mais son enfer était loin d’être terminé.

«J’avais besoin de ma dose et j’avais besoin d’argent. Le seul outil de travail que je connaissais c’était mon corps alors j’ai continué de me prostituer».

CERCLE VICIEUX

Dominique ne savait plus comment apaiser ses souffrances et il était pris dans un cercle vicieux. Il consommait pour cesser de souffrir et il souffrait parce qu’il n’était pas capable d’arrêter de consommer.

«La drogue est une fuite pour moi. Un jour, j’ai compris que j’étais devenu mon propre agresseur et j’ai décidé de changer».

À l’âge de 28 ans, il a entamé un processus pour réduire sa consommation de drogue et il a commencé à travailler dans des restaurants.

C’est alors qu’a débuté la valse entre les périodes de sobriété et de rechute.

Il aura fallu cinq ans avant que Dominique «frappe un mur» et décide réellement de cesser toute consommation.

Sa prise de conscience est arrivée lorsqu’il a compris qu’il n’avait pas été la seule victime d’agressions sexuelles dans sa famille.

«Je me suis senti comme un complice de l’ombre. J’ai sombré pendant trois semaines avant d’aboutir dans un bureau de police. J’ai décidé de dénoncer les agressions que j’ai vécues».

Pour la première fois de sa vie, Dominique s’est senti compris. Il a entamé une désintoxication de six mois à l’hôpital, suivie d’une autre thérapie de six mois.

«J’ai compris que c’est impossible de s’en sortir seul. J’ai réussi à faire la paix avec mon passé et je me suis retrouvé», explique-t-il.

ÉQUILIBRE

Dominique travaille actuellement à la Maison des sans-abri comme homme à tout faire.

«C’est mon équilibre. J’essaie de donner au suivant et c’est gratifiant».

En cette Semaine de prévention de la toxicomanie, Dominique ne veut pas oublier d’où il vient et par où il est passé, parce qu’il ne veut jamais y retourner.

Encore aujourd’hui, il est entouré de psychiatres, de travailleurs sociaux et de médecins prêts à l’aider dès qu’il a un problème.

«Je ne suis pas à l’abri. J’ai une maladie mentale – la bipolarité –, qui a été déclenchée par mes consommations de drogues trop nombreuses. Le secret pour s’en sortir, c’est la volonté et l’accompagnement», conclut-il.

Différentes et plus faciles à trouver

Les médias sociaux ne facilitent en rien la lutte contre la drogue, rendue plus facile d’accès, et en plus grande variété.

Les drogues comme le cannabis, la cocaïne, l’amphétamine, l’héroïne et le GHB continuent de détruire la vie de plusieurs personnes en générant ce qu’il est convenu d’appeler de «fausses perceptions de plaisirs».

Il reste toutefois que c’est l’alcool qui fait le plus de dommages.

«Nous avons encore beaucoup de travail à faire pour que les gens cessent d’associer alcool et drogue avec plaisir. Il faut arrêter de glorifier la consommation», souligne Tommy Duchesne, préventionniste en dépendances.

L’adolescence est, «et sera toujours», la période la plus critique. C’est l’entourage et le milieu de vie d’un jeune qui le rend le plus à risque.

La bière, le vin et le cannabis sont les substances les plus populaires actuellement.

«Plus ça change, plus c’est pareil. La tentation est présente et le risque est grand», illustre M. Duchesne

NOUVEAU PHÉNOMÈNE

Deux facteurs ont évolué avec le temps: la variété de chacune des drogues et la façon d’en obtenir.

Les réseaux sociaux ont indéniablement facilité l’accès à la drogue. «Les jeunes s’écrivent souvent sur Facebook ou ils s’envoient des textos.

Ça rend les drogues plus faciles à obtenir. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous conseillons aux parents de faire de la surveillance», mentionne M. Duchesne. Malgré tout, la sensibilisation et la prévention semblent faire leur effet puisque les toxicomanes sont moins nombreux que dans le passé.


La 28e Semaine de prévention de la toxicomanie bat son plein jusqu’à samedi, partout au Québec. Le comité régional de prévention des dépendances organise de nombreuses activités, entre autres, dans les écoles de la région afin de sensibiliser les jeunes et les moins jeunes aux dangers de la toxicomanie.