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L’amour de la planète

La trilogie martienne <br />
Kim Stanley  Robinson, Omnibus
Photo courtoisie La trilogie martienne
Kim Stanley Robinson, Omnibus

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Je l’avais lu voilà plusieurs années et je l’ai acheté voilà quelque temps pour mon fils. J’ai eu le malheur de l’ouvrir pour en lire le début et, paf, me voilà trois semaines plus tard et 1641 pages plus loin, ravi, enchanté, songeur, triste, rêveur...

J’en ai déjà parlé ici, parce que c’est une formidable trilogie de science-fiction. Mais quand on relit, des années plus tard, c’est toujours d’autres aspects qui nous sautent aux yeux. La trilogie martienne de Kim Stanley Robinson suit les cent premiers colons de la planète rouge sur 250 ans. Cette première colonie scientifique met en place un processus de terraformation qui permettra la vie à l’air libre sur cette seconde patrie de l’humanité. C’est intelligent, c’est informé, c’est rigoureux, et c’est... étrangement beau.

Les paysages martiens nous sont décrits avec un amour contagieux. Et les prouesses scientifiques pour faire de Mars un endroit habitable sont racontées avec un luxe de détails qui fait rêver que nous soyons un jour capables de tels exploits­­.

Mais cette trilogie est beaucoup plus que ça. C’est, par Mars, une histoire de la Terre qu’elle raconte, cette pauvre terre surpeuplée, catastrophée, étranglée par la cupidité et l’inhumanité des multinationales qui n’ont pour dieu que le profit, et tous les laissés pour compte qui se révoltent et qui tuent.

On lit ceci : «Ça en dit beaucoup sur notre civilisation qu’on envisage plus facilement la fin du monde que l’abandon du capitalisme».

Devenir mutants

Pauvre Terre. Il lui faudra une soudaine et importante montée des eaux pour remettre en question ses choix. C’est le déplacement massif des populations riveraines, dans la misère et la confusion, qui la forcera à réfléchir à son avenir. Mais que peut-on faire avec 20 milliards d’habitants et des ressources limitées, sinon lorgner vers les étoiles pour chercher une porte de sortie?

C’est une fable philosophique, politique, scientifique, sociale­­. C’est une utopie. C’est la volonté d’une poignée d’hommes et de femmes de faire de Mars quelque chose de mieux que la vieille Terre incapable de se ressaisir. C’est la recherche d’une nouvelle façon de vivre ensemble, de travailler ensemble, de penser ensemble, dans une liberté n’ayant pour seule limite que la liberté de tous.

La trilogie martienne raconte tous les problèmes qui se posent­­ à l’humanité, et esquisse une panoplie de solutions que nous n’avons pas encore essayées, mais ça viendra, parce la planète est un vaisseau spatial et, dehors, c’est le néant absolu­­ et le froid glacial. C’est essayer­­ ou disparaître.

Dans un processus d’évolution, la mutation des valeurs est possible, même si elle est peu probable. Mais partout sur Mars, et ici, sur Terre, des gens s’affairent précisément à ça. Et ces millions de gestes individuels finissent­­ par compter, par ébranler l’énorme masse de l’indifférence.

C’est une histoire d’évolution de l’humanité qui, en trouvant un autre milieu de vie, doit s’adapter en l’adaptant. C’est une histoire de réciprocité. C’est une histoire de mutants que les terriens doivent devenir pour survivre à eux-mêmes.

Après les attentats de Paris­­, c’est une lecture que je recommande.