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Rapport Charbonneau: la mafia et les Hells Angels partout

Nick Rizzuto Sr
Photo courtoisie La Commission a montré des images de mafieux montréalais et d’entrepreneurs en train d’échanger de l’argent comptant. Sur la photo, Nick Rizzuto Sr cache une liasse dans ses bas.

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Le rapport de la commission Charbonneau souligne que la mafia et les Hells Angels utilisent des sources de financement occultes, comme des prêteurs privés, pour prendre le contrôle d’entreprises de construction.

Selon le document, le crime organisé s’immisce dans l’industrie de la construction de quatre façons principales:

1. l’infiltration d’entreprises et de secteurs de l’industrie;

2. le contrôle des territoires;

3. l’offre de services de médiation et d’intimidation;

4. l’accès aux capitaux d’investissement d’un syndicat (comme le Fonds de solidarité FTQ ou la Fraternité interprovinciale des ouvriers de l’électricité (FIPOE), dont a bénéficié notamment l’entrepreneur Tony Accurso).

 

Une industrie « perméable à la violence », parfaite pour la pègre

Les trois quarts des Hells Angels possédaient en 2010 une entreprise «dans des secteurs d’activité ne demandant pas une expertise poussée, dont la construction».

L’information provient d’un recensement qu’ont réalisé les corps de police en 2010, souligne le rapport de la commission Charbonneau.

Peu éduqués et sans accès à des technologies de pointe, les membres du crime organisé peuvent facilement y blanchir leurs fonds à profit.

C’est pourquoi l’infiltration de la pègre est pire dans les secteurs les moins spécialisés: construction de trottoirs, pose d’asphalte et installation de ponceaux, soulignent les commissaires.

Le Hells Normand «Casper» Ouimet par exemple, a pris le contrôle de plusieurs entreprises à la fin des années 2000 en y injectant des centaines de milliers de dollars en liquide provenant de la drogue, a-t-on appris au cours des dernières années.

Le rapport ne fait cependant pas mention de ces événements précis.

Attentats, assauts et vols

La construction offre un autre atout au crime organisé: les entrepreneurs sont vulnérables «au vandalisme, à la violence et à l’intimidation».

«Tout au long des audiences de la Commission, des témoins ont relaté des cas de vandalisme, de vol, d’incendies criminels, d’attentats à la bombe, d’intimidation, de menaces et d’assauts contre la personne», écrivent les commissaires.

Un écosystème idéal pour la mafia et les Hells, spécialistes de l’extorsion. Ils utilisent la violence pour infiltrer les entreprises, contrôler le marché et imposer des rackets de «protection».

Les membres du crime organisé s’immiscent aussi dans la construction par le financement, écrivent les commissaires.

«Ces derniers ont souvent accès à des réseaux parallèles, des prêteurs privés ou des institutions financières non bancaires.»

Ils peuvent aussi cautionner des prêts plus risqués, quitte à utiliser la violence pour se faire rembourser.

«Cette commission démontre l’ampleur de l’influence du crime organisé sur la construction, dit Pierre De Champlain, ancien analyste à la GRC. Mais je suis à peu près certain que le gouvernement n’a pas appris grand-chose.»

 

Infiltrés par la mafia

Jocelyn Dupuis
Photo d'archives, Chantal Poirier
Jocelyn Dupuis

Le crime organisé s’est infiltré dans les syndicats et le Fonds de solidarité FTQ, rappelle le rapport de la Commission.

On y raconte comment Raynald Desjardins, qui faisait le pont entre le clan mafieux de Vito Rizzuto et les Hells Angels, avait tissé des liens étroits avec le directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis. Ce dernier avait écopé d’une peine de 12 mois de prison en janvier dernier pour fraude et fabrication de faux documents.

En tentant de prendre le contrôle du syndicat, la pègre voulait accéder au conseil d’administration du Fonds FTQ pour profiter des millions de cette institution financière.

«Lors des élections syndicales de novembre 2008, [Jocelyn Dupuis] a fait appel à des membres des Hells Angels pour s’assurer que ses acolytes remportent tous les postes de direction», note le rapport.

 

 

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