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Un exercice salutaire

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La plus longue commission d’enquête de l’histoire du Québec a accouché, en toute logique, de l’un des plus longs rapports: 1741 pages très exactement.

Nous en aurons pour des semaines à tout décortiquer, mais, d’emblée, l’élément le plus surprenant du rapport Charbonneau concerne le désaccord entre la présidente et le commissaire Lachance sur l’existence de liens entre le financement des partis politiques et l’obtention de contrats.

La première les trouve indirects, mais les voit. Le second refuse de se rendre jusque-là.

Ces deux personnes estimables méritent qu’on ne spécule pas à tort et à travers sur les causes de cette divergence.

Liens ?

Essentiellement, le rapport note qu’à partir du milieu des années 2000, les sommes investies dans les travaux publics par le ministère des Transports et celui des Affaires municipales augmentent en flèche.

Or, c’est justement à ce moment-là que se mettent aussi à augmenter, surtout au profit du Parti libéral, les contributions financières des gens travaillant pour les firmes de construction et de génie décrochant le plus de contrats.

Que chacun lise le rapport et tire ses propres conclusions. N’oublions pas non plus que des enquêtes policières sont toujours en cours et qu’on ne peut présumer de leurs résultats.

Pour le reste, les 60 recommandations et le ton général du document frappent par leur réalisme, leur sobriété, le sens de la nuance, le souci de concret et le soin apporté à asseoir le propos sur des extraits des témoignages entendus.

C’est assurément la meilleure façon de se donner un maximum de chances que le gouvernement donne suite au plus grand nombre possible de recommandations. Clairement, les leçons du rapport Gomery ont été tirées. Souvenons-nous: des audiences devenues le meilleur show en ville avaient été suivies par des recommandations si déconnectées du réel que le gouvernement de Paul Martin avait prestement «tabletté» le rapport sans être critiqué.

Changements

Évidemment, comme l’exercice a duré 4 ans, nombre de changements ont déjà été introduits.

Les partis politiques provinciaux vivent maintenant des subventions de l’État. Un certificat de bonne conduite doit être émis par l’Autorité des marchés financiers pour soumissionner. Des démarches pour récupérer les sommes payées en trop sont maintenant possibles.

Les entreprises Louisbourg et Simard-Beaudry ont été rachetées par Hexagone, devenue TCI. Genivar est devenue WSP. Stantec a acheté Dessau. Des entreprises ont aussi été cédées à des proches des gens visés par des allégations.

Il reviendra aux journalistes d’enquête de voir quels changements sont purement cosmétiques et lesquels sont réels.

Ironiquement, deux jours avant le dévoilement du rapport, l’Inspecteur général de la Ville de Montréal concluait à l’existence de pratiques de collusion dans le domaine du déneigement.

Quand c’est toute la culture d’un milieu qui est gangrénée, ce n’est pas l’élimination des proverbiales «pommes pourries» qui suffit à régler le problème.

Il reste que, compte tenu de l’immensité du mandat, cette commission a valu la peine.

De toute façon, la lutte contre la corruption, c’est comme le ménage à la maison. Un éternel recommencement.

 

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