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Nourrir le monstre

Marc-Yvan Côté
Capture d'écran Marc-Yvan Côté

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Dans son témoignage devant la commission Charbonneau, l’ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté a eu des mots très durs sur les partis politiques.

«Les machines politiques d’aujourd’hui sont devenues des monstres et ont des exigences très importantes sur le plan financier, a-t-il déclaré.

Le problème numéro 1 est que les partis politiques ont besoin de beaucoup, beaucoup d’argent.

«Les activités de marketing et de publicité́, de même que les nombreuses ré́unions que commandent les formations, ont mis une pression é́norme sur les partis...»

La grosseur des poissons

L’ex-ministre libéral a mis le doigt sur le bobo.

Car pourquoi ces stratagèmes hyper complexes impliquant des ingénieurs, des entrepreneurs en construction, de grands argentiers, des leveurs de fonds et des politiciens ont-ils été mis en place? Pourquoi ont-ils fonctionné pendant des années et des années, au vu et au su de tant de personnes (qui, aujourd’hui, jurent sous serment qu’elles ne «savaient rien»)?

Pour une seule et unique raison: nourrir le monstre.

Tout change, dans ce bas monde. Sauf la façon dont les campagnes électorales se déroulent.

Organiser une campagne coûte beaucoup, beaucoup de sous. Ça prend des autobus, des salles, des pancartes, de la pub...

Et ce n’est pas en abaissant le plafond des contributions des particuliers qu’on a réglé le problème, bien au contraire.

Au lieu de devoir pêcher dix gros poissons, les partis politiques ont maintenant besoin d’en pêcher 100 petits.

Ce qui veut dire plus d’efforts, plus d’activités de financement, plus de pub, plus de déplacements...

Car si les dons populaires reçus par les partis sont plus modestes, organiser une campagne coûte aussi cher qu’avant.

D’où la tentation de contourner les règles et de recevoir de l’argent d’une autre façon...

Faire le plein

Comme vous le savez, les ministres libéraux sous Jean Charest devaient tous amasser 100 000 $ de dons.

C’était le prix qu’ils devaient payer pour garder leur job de ministre...

Or, comme l’a déclaré Marc-Yvan Côté, bien souvent, les activité́s de financement populaire dans certains comté́s ne permettaient d’atteindre qu’une fraction de l’objectif de 100 000 $.

«Lorsque vous avez amassé entre 25 et 30 000 $ de dons dans un comté́ comme Bonaventure, comme Gaspé́ ou comme Matane, vous avez pas mal fait le plein, et travaillé trè̀s fort pour ê̂tre capable d’atteindre ça.

«Il reste donc 70 000 ou 75 000 $ à̀ trouver ailleurs. Et c’est pour ça que les cocktails de financement é́taient tenus...»

Bref, il y a une limite à presser le citron des particuliers. De toute façon, quel quidam donne de l’argent à des partis politiques, de nos jours?

On préfère faire des dons à des organismes de charité ou à des groupes de pression qui défendent des dossiers très précis, comme l’environnement ou l’aide internationale...

Résultat: qu’ils le veuillent ou non, les politiciens n’ont d’autres choix que de se tourner vers des entrepreneurs qui sollicitent des contrats publics pour remplir leur caisse et atteindre leurs objectifs...

D’où l’importance de gens comme Marc Bibeau, qui connaissent tout le monde et qui sont capables de faire le lien entre les «demandeurs» et les «donneurs» de contrats.

Des dons intéressés

Or, pourquoi un entrepreneur donnerait-il de l’argent à un parti politique?

Poser la question, c’est y répondre.

 

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