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Dans le grand bain

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Je le dis comme je le pense: on est en train de manquer le bateau avec les réfugiés syriens. Le bateau de l’intégration culturelle et économique s’entend.

Je garde le vif souvenir de l’histoire de la famille Tran. Une histoire d’intégration réussie.

C’était des boat people du Vietnam, débarqués à Shawinigan en 1978. Le père, la mère, les cinq enfants et un gros rien dans les valises au milieu de Shawinigan, une ville industrielle pain blanc catho.

Rapidement, le père était devenu le réparateur officiel des téléviseurs du coin.

Et c’est avec le plus vieux de ses enfants que j’ai fait tout mon secondaire.

Au début, il baragouinait le français. Mais en secondaire V, il avait raflé tous les Méritas en sciences et en maths!

Montréal, le pire creuset

Ce qui me déprime et m’inquiète le plus avec les Syriens nouvellement arrivés, c’est la destination. Montréal. Cette année, 3155 des 3650 nouveaux arrivants s’établiront à Montréal.

Tout naturel, me direz-vous, puisque ces Syriens sont parrainés par des familles. Mais que penser de l’intégration des jeunes dans des écoles avec des élèves qui, selon la Commission scolaire de Montréal, parlent 159 langues maternelles distinctes en 2015?

Côté intégration, ça ne sent pas le succès rapide.

Pour réussir une intégration économique et éviter la ghettoïsation, on devrait forcer la note et opter pour la tactique du grand bain, celui du Québec hors Montréal. Le Québec, sa langue, sa culture et ses traditions, ça ne se montre pas par des fonctionnaires entre quatre murs de béton, aussi bien intentionnés soient-ils. Ça se vit, dans la rue, dans les villages, dans les écoles.

Le ministre Moreau me disait en entrevue que le Québec accueillerait les «plus scolarisés» du lot. Je veux bien le croire, mais, à l’heure où l’intégration économique et culturelle est un des sujets épineux, la destination montréalaise pose problème selon moi.

Où sont les réfugiés en région ?

Selon un document officiel d’«Immigration, diversité et inclusion» de juin 2015, entre 2009 et 2013, le Québec a accueilli 20 368 réfugiés.

De ce nombre, devinez combien de réfugiés sont allés vivre dans le Bas-Saint-Laurent? Neuf!

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a trouvé le moyen de faire pire avec sept réfugiés! Et pour l’Abitibi? Un beau gros zéro! Aucun réfugié!

La faute à qui? Force est de constater que quand on jase «occupation du territoire», c’est du gros blabla.

Entre 2004 et 2013, le Québec a accueilli 366 226 immigrants. De ce nombre, combien sont allés dans le Bas-Saint-Laurent? 881. Et 1142 sont allés au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ce sera vraiment les plus scolarisés, Monsieur le ministre?

Dac, mais pour intégrer le marché du travail, ça passe par une plongée culturelle!

Encore en 2015, c’est écrit noir sur blanc que les régions du Québec sont gravement sous-utilisées.

L’accueil ne se limite pas qu’à un geste du cœur, dans un derby de générosité pour la galerie. Le Québec a l’obligation d’une plus grande audace. Il en est capable, et le cadre fédéral ne devrait jamais servir d’excuse.

Personne ici ne peut se payer le luxe d’échouer.