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La quête du paradis perdu ou le retour en arrière

Le retour  du bon sauvage/Lamatrice religieuse de l’écologisme  <br />
Jérôme Blanchet-Gravel, Éditions du Boréal
Photo courtoisie Le retour du bon sauvage/Lamatrice religieuse de l’écologisme
Jérôme Blanchet-Gravel, Éditions du Boréal

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Il y a des fois, dans la vie de tous les jours, où on ne sait plus comment agir pour être politiquement correct. Ainsi, à l’école de mes enfants, on recommande fortement de ne pas utiliser de sac «ziploc» pour envelopper la nourriture des enfants dans leur boîte à lunch, et d’acheter plutôt des contenants réutilisables. Mais ces mêmes contenants sont faits en plastique, donc avec du pétrole, et pour les réutiliser, je dois utiliser de l’eau et du détergent pour les laver chaque jour. Sinon, bonjour les bactéries! Est-ce ainsi que je sauve la planète? Des contradictions et des paradoxes de cet ordre, j’en rencontre des dizaines par jour. Pourtant, quoi que je fasse, je suis condamné à laisser des traces sur cette terre, à moins de retourner à l’état primitif... avec le «bon sauvage».

Le livre de l’historien des idées Jérôme Blanchet-Gravel, s’il ne répond pas nécessairement à toutes ces questions, jette un éclairage nouveau et audacieux sur cette nouvelle religion politique qu’est l’écologisme, ami du multiculturalisme, qu’il distingue de l’écologie, qui est une science. L’auteur, qui ne craint pas la polémique, stigmatise un courant vertueux, assez répandu parmi les forces dites de gauche, qui voit la nature «comme une entité divine qui ne doit pas être maîtrisée ni dominée», dussions-nous en pâtir.

Tout se passe comme si d’un côté, il y avait la méchante civilisation moderne, avec ses progrès, ses avancées, ses technologies toujours plus poussées et nécessaires au développement et au mieux-être, et de l’autre, ceux qui placent la nature, nouvelle entité divine, au-dessus de tout, au-dessus de l’humanité, et qui font l’apologie des cultures primitives, dans le but soi-disant de contrer le matérialisme gênant des sociétés modernes qui vont nous mener tout droit à l’apocalypse. La fin du monde occupe dorénavant de plus en plus de place dans notre imaginaire.

Entre les deux, il y a place pour le courant anthropocentriste qui met de l’avant le concept de développement durable. Les gouvernements qui adoptent ce modèle «essaient de concilier les besoins de l’homme et les aléas de l’économie qui y sont associés avec la préservation des écosystèmes».

L’homme. un élément naturel

L’auteur rappelle que tout progrès, toute émancipation humaine ne peuvent se faire qu’au détriment de l’environnement. Les premiers colons français, lorsqu’ils défrichaient pour semer ou construire leur maison, occupaient le territoire en le dominant et en transformant la nature autour d’eux. L’homme n’est pas qu’un simple élément naturel parmi d’autres. L’idée que l’homme est un élément appartenant à une entité qui le dépasse et à laquelle il doit se soumettre est historiquement attribuée au conservatisme» et même au nazisme, affirme l’auteur.

Il ne s’agit pas de nier la crise environnementale et la dégradation des écosystèmes, mais il ne faut pas non plus se laisser «berner par de puissants stéréotypes qui font des tam-tams et des produits biologiques les symboles d’une pseudo-guérilla qui n’a de vraiment progressiste que son aversion pour le système capitaliste». On a parfois l’impression que les «fondamentalistes environnementaux [veulent] faire la révolution pour rétablir la société traditionnelle. [...] Rapatrier sur terre le jardin d’Eden». Aux dernières nouvelles, rêver du passé n’a rien de progressiste. Et le meilleur exemple de cette mise en scène catastrophique, c’est le film Avatar, sorti en en 2009, qui «dépeint une vision du paradis perdu, d’un jardin des délices».

Autre reproche aux partisans de l’écologisme radical. Ces derniers refusent que les populations du tiers-monde participent au progrès et tentent de nous rejoindre dans notre modernité et notre niveau de vie. Ce rattrapage risque de «bouleverser l’équilibre naturel de leurs régions respectives». On a vu l’Équateur tenter de monnayer auprès de la communauté internationale la non-exploitation d’un immense champ pétrolier. Cela aurait permis à ce pays d’améliorer ses performances économiques. Mais aucune entente n’a été possible et l’Équateur est allé de l’avant avec l’exploitation de ses gisements.

Chose certaine, «le développement durable apparaît comme le modèle à suivre en matière de respect de l’environnement. [...] Contrairement à l’écologisme radical, il est compatible avec les idéaux de la civilisation occidentale».