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Ça valait le coût malgré tout!

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La commission Charbonneau a déçu bien des observateurs en ne blâmant personne, malgré le défilé d’autruches, de magouilleurs, de témoins de mauvaise foi, d’arrogants, de faux repentis, de malhonnêtes auquel on a assisté. Elle a envoyé des avis de blâme à une kyrielle de ses vedettes involontaires, les a laissé répondre, et a publié le tout.

Mais dans son rapport final, elle ne nous en donne aucun en pâture, n’en écartèle aucun sur la place publique. Elle fait bien. Bien sûr, j’aurais aimé moi aussi que le grand argentier du Parti libéral se fasse cuisiner en public, que les chefs de partis répondent de leur aveuglement volontaire, qu’on ne caviarde pas tant, qu’on stigmatise les salauds.

Pour connaître la valeur de la commission Charbonneau, il ne faut pas seulement calculer ce qu’elle nous a coûté, mais ce qu’elle nous a épargné en démontant des systèmes de collusion et de corruption. 

Mais la commission évite ainsi la parade des faux indignés, des outragés qui auraient crié au jugement sans procès, se serait drapés dans leur réputation ternie, posés en victimes pour entamer une flopée d’avocasseries interminables... probablement à nos frais.

Elle fait confiance au public pour lire entre les lignes: nous les avons vus, entendus. Ça valait bien des téléséries plus coûteuses! Elle nous laisse juger.

Vrai coût

Ce n’est pas parce qu’elle ne blâme personne que cette commission ne valait pas les 44 millions qu’elle a coûtés. Depuis que l’UPAC et elle se sont mis au boulot, les travaux de construction entrent dans les prix prévus. À Thetford, la route 112 a même coûté 10 millions de moins. Le centre Vidéotron a respecté budget et échéances, comme le «flushgate» à Montréal.

Combien aurions-nous payé de plus si tous les abuseurs qu’on a vus parader avaient pu continuer leurs magouilles impunément et incognito? Pour connaître la valeur de la commission Charbonneau, il ne faut pas seulement calculer ce qu’elle nous a coûté, mais ce qu’elle nous a épargné en démontant publiquement des systèmes de collusion et de corruption, en créant une petite gêne chez les comploteurs. Temporairement sans doute, mais c’est toujours ça de gagné!

Tabletté ?

La suite m’inquiète. À preuve: la manière dont on a sorti le rapport, sans laisser le temps aux journalistes de le lire soigneusement. On l’a publié cinq heures avant l’annonce déjà prévue depuis plusieurs jours par le gouvernement fédéral de son plan pour les réfugiés. En stratégie de communication, cela revient à une incinération

Express!

Si le gouvernement avait vraiment l’intention d’appliquer les 60 suggestions du rapport, il aurait orchestré la sortie pour que les recommandations résonnent et circulent dans le public. Mais il a condamné les médias à une lecture superficielle, vite supplantée dans l’actualité par un autre événement majeur et prévu.

Dommage, parce que plusieurs recommandations n’ont pas eu la visibilité méritée. Par exemple, numéro 51: au municipal, on propose d’interdire les plénières, ces messes basses où les élus discutent et règlent les dossiers en privé, refilant à des fonctionnaires le soin d’attribuer des contrats. Si le résultat final passe au conseil, c’est comme un éclair, dans un jargon juridique hermétique. Bien des documents et contrats échappent ainsi à la vigilance publique, au profit de roitelets locaux, de connivences douteuses.

Même si l’épisode final de la commission Charbonneau se conclut sans éclat, la série valait la peine! À nous de persévérer pour qu’il y ait une suite.

 

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