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Un stratagème de corruption planifié, selon un procureur

GEN-PASADENA REFINING
photo agence qmi, DANIEL KRAMER En 2005, Astra a acheté au Texas cette vieille raffinerie qualifiée de «petite rousse» pour 42,5 millions $. Elle a été revendue en partie un an plus tard 17 fois plus cher. Petrobras a payé en tout 1,2 G$ US pour l'acheter en totalité, ce qui a causé un énorme scandale au Brésil.

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Jean-François Cloutier et Sarah Sanchez

Bureau d’enquête
 
 
La vente à prix d’or d’une raffinerie du Texas à la société d’État Petrobras dans laquelle des investisseurs québécois disent avoir été trompés était liée dès le départ à un stratagème de corruption, estime un procureur brésilien impliqué dans le dossier.
 
Marinus Marsico, procureur à la Cour fédérale des comptes du Brésil (un organisme qui s’apparente au vérificateur général au Canada), a été l’un des premiers à s’intéresser à cette transaction impliquant Astra, une entreprise du milliardaire belge Albert Frère. Un administrateur de Pargesa (un holding des familles Frère et Desmarais), Gilles Samyn, aurait d’ailleurs joué un rôle dans la transaction.
 
Joint à Rio, Marinus Marsico a accepté de donner une entrevue à notre Bureau d’enquête.
 
L’affaire de la raffinerie de Pasadena a fait couler beaucoup d’encre au Brésil. ​Où en est aujourd’hui l’enquête de la Cour fédérale des comptes ?
 
Nous en sommes à la fin de l’enquête. Tous les témoins ont été entendus. Une des grandes questions qu’il reste à déterminer est de savoir si le conseil d’administration de Petrobras doit être tenu responsable (pour l’achat de la raffinerie de Pasadena). Nous sommes d’avis qu’il devrait l’être et nous espérons que notre point de vue va prévaloir. Comme vous le savez, la présidente du conseil
d’administration de Petrobras, Dilma Rousseff, est ensuite devenue présidente du Brésil.
 
Quelle est votre opinion sur cette affaire à ce stade-ci ?
 
Mon opinion est qu’il est plus que temps que des recours soient engagés. Nous avons toute la documentation nécessaire pour cela. Il n’y a aucun doute sur le fait que c’est un stratagème de corruption, qui a été planifié de longue date. C’est une des enquêtes les plus limpides que j’aie réalisées. 
 
Pensez-vous que Mme Rousseff pourrait être poursuivie en lien avec cette transaction ?
 
Elle ne peut pas être poursuivie par notre organisme. Notre rôle est de faire porter une responsabilité financière à certains acteurs. Elle pourrait être tenue responsable financièrement. Selon mon point de vue, tout le conseil d’administration devrait être tenu responsable. Cette transaction est un désastre.
 
Au Brésil, les enquêtes ont surtout porté sur le rôle des gestionnaires de Petrobras. Qu’en est-il du rôle d’Astra dans la transaction ?
 
Nous avons aussi tenté de les atteindre. Nous nous sommes intéressés au gestionnaire brésilien d’Astra qui a contacté Petrobras. Étrangement, il a déjà été un employé de Petrobras.
 
Comment expliquer qu’il ait fallu six ans avant que des enquêtes soient déclenchées sur la vente de la raffinerie de Pasadena ?
 
Tout était secret avant 2012, donc personne dans le public n’était au courant de rien. Mais quand Petrobras a perdu une cause aux États-Unis, nous avons obtenu le droit d’obtenir des informations sur cette transaction. C’est très mauvais pour la démocratie que l’information ne circule pas. Si nous avions eu les infos avant, nous aurions pu réagir plus vite. C’est seulement en 2012 que nous
avons réalisé l’ampleur de tout ça. 
 
Power a fait savoir au Bureau d’enquête que ni Power ni Pargesa ne sont liées , directement ou indirectement,  aux transactions mentionnées dans l'article.

En octobre, le Mouvement Desjardins, le Fonds des professionnels du Québec et un fonds de la Banque Royale se sont joints à un recours collectif aux États-Unis, où ils disent notamment avoir été trompés par cette transaction. Ils avaient investi des millions dans Petrobras. En conférence de presse le 16 novembre, le procureur brésilien Carlos de Lima a lancé le 20e volet de l’opération policière Lava Jato. Ce dernier se concentre spécifiquement sur l’achat de la raffinerie de Pasadena au Texas. De Lima a affirmé qu’il étudiait la possibilité d’annuler la transaction qu’il considère comme truquée. Deux nouveaux délateurs se sont mis à table, a-t-il dit. Aucune poursuite n’a encore été déposée au Brésil relativement à ce dossier.

 

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